• VII

    Note : Bonjour, voilà le septième chapitre. Je vous avoue avoir eu du mal à écrire la scène des quelques révélations faites ici. J'ai l'impression qu'elles sont quelque peu en fouillis.

    J’ai construit le cheminement du huitième chapitre et pense bientôt commencer sa rédaction.

    Pour le titre, j’expliquais dans la note précédente (au sixième chapitre) que je pensais changer le terme « croisade » dont le sens précis me paraissait, après mure réflexion, sans rapport à l’histoire. J’ai ainsi pensé ré-intituler simplement la fiction « Rencontre Tortueuse ». Je ne sais pas ce que vous en pensez.

    Bonne lecture. ; ) 

     

    VII

     

                Le règne de la nuit s’achevait finalement pour bientôt laisser place à l’aube d’un jour nouveau. Un de plus… Songea pensif l’homme qui venait, une fois encore, de passer toute une nuit à travailler ardemment sur l’actuelle enquête qui terrifiait de plus en plus les habitants de la petite ville de Val. Dans un geste vif, le commandant s’étira. Il toisa alors de son regard perçant – mais quelque épuisé selon les cernes dessinées sous ses yeux – son bureau sur lequel une pagaille sans fin était étalée. Un dossier ouvert et bien épais, des rapports, des photos de victimes, une thermos encore remplie de café quelques heures auparavant… Il venait vraisemblablement de passer une difficile nuit blanche, à se torturer l’esprit, plongé dans ses infinies et profondes réflexions quant à cette sordide affaire.

     

                Tandis qu’il entreprit de ranger quelque peu le désordre qui prenait place sur son lieu de travail, quelqu’un s’annonça, frappant à la porte. Aussitôt eut-il intimé à la personne d’entrer qu’un officier s’empressa de lui faire son rapport. Il l’écouta attentivement, bien qu’il n’entendit aucune nouveauté concernant l’affaire jusqu’à présent : l’enquête stagnait et certains villageois, parents pour la plupart, occupaient toujours l’espace devant le commissariat, tous plus en colère les uns que les autres. Depuis la veille, ils étaient installés sous les fenêtres du commissariat. Le commissaire Vagneux essayait tant bien que mal de calmer la situation. Il redoutait une chasse à l’homme. Il avait raison. Ce n’était qu’une question de temps avant que les habitants ne se décidassent à faire justice eux-mêmes et de s’organiser pour débusquer le criminel. Alors que le commandant David écoutait le résumé de la situation, une information particulière – et surtout nouvelle – retint subitement toute son attention : certains des anciens habitants colportaient à présent la reproduction de meurtres en séries survenus soixante-sept ans plus tôt. Était-ce seulement véridique ? Pourquoi n’en parler que maintenant ? Emmerich David n’était pas rattaché au commissariat de Val depuis longtemps. Cela faisait presque trois ans. Il en allait de même pour ses collègues qui n’avaient pas beaucoup plus d’ancienneté que lui sur le secteur. Celui qui en avait le plus, c’était le commissaire Vagneux. Il était effectivement là depuis une quinzaine d’années. Cela étant, le commandant ne pouvait croire que personnes dans cette ville ne pussent faire le rapprochement entre les faits passés plus d’une soixantaine d’années en arrière – pour peu qu’ils fussent avérés – et ceux d’aujourd’hui. Quand bien même la moyenne d’âge s’élevait à une quarantaine d’années, la plupart habitait ici depuis leur enfance. Leurs propres parents devaient être au courant. Pourquoi les plus anciens ressortaient cette information capitale seulement maintenant ? Pourquoi ?! S’acharnait-il à se demander intérieurement.

    « Je dois les interroger, avait-il alors abruptement déclaré à l’officier, le coupant ainsi dans son monologue. »

     

    * * *

     

                Elle contemplait tout. Absolument tout. Elle arpentait les moindres recoins de ses yeux qui trahissaient un soupçon d’incompréhension à travers son regard interrogateur. Malgré la même beauté du paysage qui l’entourait, ce dernier lui semblait quelque peu changé. Cette sensation… Un curieux sentiment l’envahissait à présent. Sans qu’elle ne pût l’expliquer, les environs lui paraissaient familiers. Ce n’était en rien parce qu’elle avait parcouru plusieurs fois la vallée depuis son arrivée. Pour sûr, non. C’était une toute autre impression qui s’était immiscée en elle. Pourquoi ? Ne put-elle s’empêcher de se questionner.

                Secondes et minutes défilaient tandis que la jeune fille restait telle une statue de marbre, admirant les environs en quête de réponses. Toutefois, aucune explications ne lui vint à l’esprit. Ce fut une brise de vent frais qui la ramena à la raison. Mélodie… Murmura-t-elle. Elle devait se reprendre et vite. Le temps jouait contre elle.

     

                Résignée, elle se hâta de reprendre sa marche, malgré la pénibilité de la douleur qui traversait son corps. Son état physique était, pour elle, le cadet de ses soucis. Sa première idée fut de retourner près de la grotte. Elle devait la retrouver. Elle ne pouvait pas l’abandonner. Elle refusait le pire des scénarios, pourtant fort probable. Elle s’engagea dans une marche rapide. Puis, approchant de sa destination, elle accéléra le pas et se mit à courir jusqu’à l’entrée de la grotte. Elle appuya une main sur la paroi et reprit son souffle.

                Elle dévisageait la roche. Elle espérait tant pouvoir la traverser à nouveau ; mais elle ignorait comment procéder. Il était vrai qu’elle ne savait pas comment elle était entrée dans grotte la première fois, si ce n’était, en étant aspirée – littéralement – à l’intérieur. Diable ! Pesta-t-elle. Elle n’avait pas de temps à perdre. Il fallait qu’elle y entrât de nouveau et vite. Elle s’adonna ainsi de longues minutes durant à examiner la paroi de la grotte. Elle espérait y trouver un passage ou déclencher une éventuelle ouverture. Peine perdue. Rien. Elle ne trouva aucune entrée possible. Dans un élan émotionnel mélangeant frustration, colère et désespoir, elle se posta près de la paroi et cogna dessus. De toutes ses forces, elle enchaînait les coups sur la solide façade sans se préoccuper un seul instant des blessures qui se formaient sur ses poings. Son énergie l’abandonna à petit feu. Elle finit par se laisser tomber avant de plonger à nouveau dans le noir complet.

     

    * * *

     

                L’air extérieur fendait l’intérieur du véhicule. Le souffle venteux passait au travers de la vitre baissée, côté conducteur. Emmerich David tentait de rester pleinement concentré dans sa conduite malgré son état évasif persistant. Il ne pouvait s’empêcher de ressasser ce que son officier lui avait tantôt appris. Il était à présent en route, parcourant les rues de Val, direction l’habitation de la première personne qu’il s’apprêtait à interroger. Un certain Georges Meunier, soixante-quinze ans. Il comptait tous les interroger. Tous ceux qui venaient de colporter des propos quant à cette potentielle affaire similaire survenue des décennies auparavant. Si cela s’avérait exact, il devait en connaître les moindres détails. Il en allait de la sécurité des adolescentes de Val.

     

                Arrivé devant un amas de maisons excentrées de la ville, il se gara et sortit promptement de la voiture, se hâtant de sonner au numéro trois de la rue. La porte s’ouvrit sur un homme au visage creusé par les rides et aux yeux plissés. Brièvement, Emmerich David se présenta. Le septuagénaire lui adressa un sourire et lui intima d’entrer. Il ne semblait pas surpris de sa visite. Il savait qu’il viendrait. Il l’attendait.

                Le commandant passa la petite entrée, puis tourna sur la droite, suivant le maître des lieux. Ils arrivèrent aussitôt dans le vaste salon aux papiers peints couleur crème, ornés de quelques tableaux. Paysages et scènes de chasse étaient à l’honneur sur toutes les toiles. Au sol, un carrelage blanc était posé. Un canapé en cuir beige, était accompagné, à ses extrémités, de fauteuils dans les mêmes tons. Trois meubles, en bois de chênes, leur faisaient face. Une télévision reposait sur le deuxième, au milieu.

    « Je me demandais quand vous vous décideriez à venir, lâcha-t-il en sortant deux tasses, coupant ainsi son invité dans son observation des lieux. Thé ? Café ? Sucre ? Sans sucre ? Quémanda-t-il.

    -Un café, sans sucre, merci. Monsieur Meunier…

    -Juste une dernière question, suis-je votre premier interlocuteur ou avez-vous déjà interrogé mes camarades ?

    -Je… Vous êtes la première personne que je viens interroger. Apparemment, c’est vous qui auriez le plus d’informations. Comment…

    -Je me doutais bien que quelqu’un viendrait nous voir aussitôt que nous aurions pris la décision de tout raconter. Il le fallait, déclara-t-il simplement préparant le café.

    -Monsieur Meunier, vous avez prétendu que cette affaire n’était pas la première de ce genre à survenir dans cette ville. Je ne suis pas là pour m’amuser. Les faits sont graves. Aussi, je vous demanderai de me dire la vérité.

    -C’est exact. Nous étions jeunes, mais nous savons ce qu’il s’est passé.

    -Auriez-vous l’amabilité de me raconter. »

                L’homme s’en retourna à sa cuisine, puis revint les servir, son invité et lui-même. Le regard baissé sur sa tasse, il se plongea subitement dans ses souvenirs, s’élançant ainsi son récit.

    « J’avais environ huit ans. Avec mes camarades, nous formions une sacrée troupe. Toujours ensemble, à faire les quatre cents coups, comme on pouvait le faire à l’époque. Nous étions sept. Harold, Jacques, Théophile, Marie-Anne, Sophie et moi-même. C’était un jour de temps maussade, nous nous étions aventurés, sans permission, dans la grande vallée. Elle nous intriguait tous. Ce jour-là, nous avions beaucoup marché et avions choisi de nous poser quelques instants aux abords du lac. Il était plus grand qu’aujourd’hui. C’est là que nous avions découvert le premier corps. Une jeune fille, Sarah Blanchart. Elle habitait notre ville. Marie-Anne la connaissait quelque peu, même si elles ne se fréquentaient pas tellement. Elles avaient le même âge, une quinzaine d’années et allaient dans la même école. Cette macabre découverte nous a tous marqués, Marie-Anne encore plus. Très vite après, les corps de deux autres jeune fille ont été découverts. L’une d’elles fut notre amie. La peur s’est installée à Val. Le calvaire a continué ainsi jusqu’à ce qu’elle arrive et qu’elle sauve la quatrième victime.

    -Elle ? Interrompit le commandant.

    -Une jeune femme, la vingtaine. Malgré l’affaire en cours et l’interdiction formelle de s’approcher des lieux, je suis retourné plusieurs fois à l’entrée de la vallée. C’est là que je l’ai aperçue, la première fois. Je m’en souviens très bien. Elle était très grande, avait le teint pâle, de longs cheveux bruns et de jolis yeux ambrés. Je ne l’avais jamais vue en ville. Elle n’était pas d’ici. Elle portait la dernière jeune fille disparue, inconsciente, et l’a déposée au seuil de la vallée. Puis, elle a appelé les secours et est repartie. Intrigué, je l’ai suivie jusqu’au lac. C’est alors qu’il s’est produit une chose aussi inexplicable qu’incroyable : elle s’est subitement retrouvée aspirée à l’intérieur de la roche. J’ai couru jusqu’à chez moi. Je me suis empressé de raconter ce qu’il s’était passé à mes parents. Ils ne m’ont évidemment pas cru et j’ai pris une bonne claque. Je sais que cela peut paraître absurde, surréaliste, mais je suis certain de ce que j’ai vu ce jour-là. Quelques jours plus tard, je me suis à nouveau rendu sur les lieux et je l’ai une nouvelle fois aperçue. Je l’ai suivie au-delà du lac, jusqu’à la maison du gardien. Ils semblaient bien se connaître. Le plus étrange, c’est que je ne me souviens de rien après être arrivé jusqu’à chez lui.

    -Connaissiez-vous l’homme qui habitait cette maison ?

    -Pas personnellement, mais de réputation. Il s’appelait Melson Rice. Tout le monde en ville parlait de lui comme le gardien de la vallée ou comme le sorcier dont il ne fallait pas s’approcher.

    -Et la jeune femme ? Un habitant l’aurait-il croisé également ?

    -Je ne crois pas. Je ne l’ai jamais revue ; jusqu’à l’arrivée de cette jeune parisienne il y a maintenant une semaine et demi. Elle lui ressemble tellement.

    -Vous avez déclaré avoir pris la décision de parler avec vos camarades. Ont-ils vu cette jeune femme, eux aussi ?

    -Non, mais ils ont vu autre chose. Lorsque le calme est revenu à Val, nous avons fait le pacte de ne jamais revenir sur cette sordide histoire. Puis, certains ont quitté notre ville et nous nous sommes perdus de vue. Après ce qu’il s’est passé, nous avons peu à peu coupé nos liens de bambins toujours fourré ensemble. L’assassinat de Marie-Anne nous a notamment tous choqués. C’était la plus âgée de notre troupe, elle était comme notre grande-sœur.

    -Dite-moi ce que vos camarades ont vu.

    -Je regrette. Vous devrez aller les interroger, eux aussi. Chacun sa part de l’histoire. »

     

                Le septuagénaire mit ainsi un terme à leur entrevue et son invité n’insista pas. Inutile de le pousser à aller plus loin, il n’allait pas poursuivre. Le commandant le savait, bien qu’il trouvât étrange toute cette histoire et que cet homme ne voulût pas lui en dire plus. Pourquoi, s’il savait ce que les autres avaient vus, ne pouvait-il tout simplement pas le lui dire maintenant ? De plus en plus curieux. Souligna-t-il en son for intérieur. Néanmoins, il ne pouvait pas renier les faits que l’homme lui avait racontés. Après tout, lui aussi avait vu cette scène inexplicable de la jeune fille aspirée à l’intérieur des roches. Eria Miles. Ce nom le hantait depuis qu’il lui avait parlé à l’hôpital. Cette ressemblance avec la jeune femme, dont Georges Meunier venait de lui parler, n’était-elle que pure coïncidence ? Autant de questions qui allaient encore le perturber pour un moment sans doute.

     

    * * *

     

                Un son mélodieux s’élevait dans les airs. Le vent colportait les chants des oiseaux en vol ou perchés sur les hautes branches des arbres alentours. Eria pouvait maintenant les entendre. Progressivement, elle sortit de son état ensommeillé. Seulement, sa reprise de conscience réveilla hardiment ses douleurs, notamment lorsqu’elle tenta de se relever. Son corps entiers lui faisait mal à nouveau. Pour la première fois depuis l’éboulement dans le souterrain de la grotte, elle s’examina. Elle était couverte de plusieurs hématomes. Quant à ses mains, elles étaient tout aussi bien égratignées. Elle n’y avait pas été de main morte en frappant sous excès de rage la roche de ses poings. Tout en essayant une seconde fois de se relever, elle posa une main sur l’une de ses tempes au ressenti d’une énième douleur. Un mal de tête acharné s’empara de la jeune fille. L’esprit engourdi sous le poids de toutes ses incompréhensions, peurs et colères, elle en avait, jusque-là, oublié l’état dans lequel elle se trouvait physiquement. Une chance qu’elle n’eut rien de casser. Une chance inouïe. Un miracle. S’étonna-t-elle en y repensant. L’espace d’un instant, l’espoir que Mélodie pût s’en être sortie aussi la rassura. Malheureusement, elle se souvint également qu’elle avait croisé l’assassin dans le souterrain. Et si Mélodie venait, à nouveau, à croiser son chemin ? Songea-t-elle, tremblante. Non ! Il fallait qu’elle se ressaisît. Elle ne devait plus lâcher prise.

                À présent, elle était debout. Elle essaya de se stabiliser tant ses jambes tanguaient. Son corps était véritablement affaibli, mais elle devait reprendre sa marche. Elle savait où elle devait se rendre, elle n’avait plus le choix. Si elle ne pouvait retourner au sein de la grotte, lui allait sûrement pouvoir l’aider. Elle en était persuadée. Il était le gardien de cette vallée. Il devait connaître ses secrets. Oui, elle allait le retrouver.

     

                Eria se rapprochait de sa destination prochaine où son dernier espoir, selon elle, l’attendait. Elle y était presque. Elle apercevait à présent la toiture. Elle hâta son pas, puis s’arrêta nette. Elle hoqueta de surprise lorsqu’elle vit la maison. Elle la reconnut, certes. Néanmoins, celle-ci était quelque peu différente, elle aussi. Quelle ne fut pas non plus sa stupeur lorsqu’elle l’aperçut. Étrangement, il lui paraissait plus jeune. Pourtant, c’était bel et bien lui. Elle ne pouvait être que formelle. D’un pas à nouveau assuré, elle partit à sa rencontre. Allait-il seulement lui apporter son aide ? 

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