• VI

    Note : Bonjour, le sixième chapitre arrive enfin. Je suis en pleine réflexion sur le suivant. Je suis également en train de penser la suite des évènements.

    Par ailleurs, je me suis dernièrement repenchée sur le titre de l’histoire que je n’avais pas tellement réfléchi. À bien y songer et en recherchant notamment le sens du mot « croisade », je m’aperçois maintenant qu’il n’a aucun sens par rapport au récit. Je songe alors à changer de titre, je réfléchis donc là-dessus aussi. 

    Merci aux personnes qui suivent cette histoire. Je vous souhaite une bonne lecture. : )

     

    VI

     

                Lugubre. Tel était le terme qui semblait convenir à Eria pour un pareil endroit. Elle marchait vraisemblablement depuis une bonne demi-heure maintenant. Elle longeait ce long tunnel ténébreux avec pour seule source de lumières quelques petites torches allumées et accrochées sur la paroi gauche. Les roches, qui encerclaient les lieux, semblaient vieillies par l’érosion causée par le temps. Quant au sol, il était parsemé de poussière rougeâtre et terreuse. La jeune fille ignorait totalement ce qui pouvait bien l’attendre à l’autre bout de ce souterrain. Cela étant, ce dont elle était certaine à présent, c’était qu’elle ne pouvait plus faire marche arrière. L’engrenage était lancé.

                Au fur et à mesure qu’elle avançait en ce lieu hostile, son corps frissonnait de plus en plus. De multiples brises d’air froid transcendaient l’endroit. Curieux. Pensa-t-elle. D’où pouvaient-elles bien émaner ? Eria avait beau jeter de furtifs regards autour d’elle, elle ne trouva pas réponse à cette question. Au bout de plusieurs autres minutes passées, une lueur retint l’attention de la jeune fille. Une sortie ? S’exclama-t-elle intérieurement. Persuadée qu’il ne pouvait s’agir que de cela, elle emboîta plus pressement le pas.

     

                Elle manqua un battement. Son visage – exprimant tantôt encore une mine de détermination – dessinait, à présent, une expression en proie à la stupeur. Elle voulut reprendre ses esprits, mais son regard ne parvenait à se détacher de l’effroyable tableau qui se présentait face à elle. Elle était effectivement sortie de cet hostile chemin qu’elle venait d’emprunter. Malheureusement, il ne s’agit pas là d’une quelconque sortie vers l’extérieur. Elle se retrouvait vraisemblablement maintenant dans l’antre d’une autre grotte. L’espace était restreint. Devant-elle était posée une vieille table rongée par les aléas du temps. Sur celle-ci était allongée une jeune fille, pieds et poings liés par des cordes. Un bandeau noir couvrait ses yeux. Sa longue chevelure châtain clair semblait avoir amassé la poussière de l’endroit. Eria venait probablement de retrouver la dernière victime en date.

                S’efforçant de reprendre pleinement possession de ses moyens, la jeune fille se défigea, fit quelques mouvements et remboîta le pas. Doucement, elle se rapprochait de l’adolescente attachée. Celle-ci, ayant perçu le rapprochement des pas, frissonnait de frayeur. Eria qui était maintenant à sa portée, tenta une approche.

    « Ne crains rien, avait-elle simplement dit sur un ton des plus calmes qu’elle put employer. »

    Voyant que l’adolescente ne réagit pas, elle reprit :

    « Je… Je vais t’enlever ce bandeau. »

    Elle exécuta ce qu’elle avait annoncé, calmement. La prisonnière de l’endroit, libérée de ce qui l’empêchait de voir les lieux, semblait serrer fortement ses paupières, comme si elle craignait ce qui pouvait lui arriver si elle ouvrait les yeux.

    « S’il te plaît, ouvre les yeux, lui demanda Eria. »

    La jeune brune avait beau se vouloir rassurante, sa voix trahissait néanmoins une certaine inquiétude. Oui, elle ne voulait pas brusquer la victime mais craignait tout de même que son ravisseur ne revînt les surprendre.

                Après avoir rassemblé un semblant de courage, au bout de plusieurs minutes durant lesquelles un lourd silence avait pris possession de l’endroit, l’adolescente entreprit d’ouvrir ses yeux, non sans une crainte pesante. Lorsque son regard croisa celui de la jeune brune, elle ne put empêcher quelques larmes de couler le long de ses joues pâlies sans doute par la froideur des lieux.

    « N’est crainte, se voulut à nouveau rassurante Eria. Comment t’appelles-tu ? Poursuivit-elle en entreprenant de lui enlever les cordes qui la reliaient à ce qui restait des vestiges de la vieille table.

    -M… Mé… Mélodie, avait-elle répondu fébrilement. 

    -Tu es de Val, n’est-ce pas ? »

    Mélodie fit un faible mouvement de tête pour confirmer les dires de celle qui venait de la délivrer. Eria l’aida à se redresser et à la faire descendre.

    « Ça va aller ? Lui demanda-t-elle ayant remarqué les marques que les cordes avaient laissé sur ses poings. Elles avaient été fortement serrées. Sais-tu par où pouvons-nous repartir ? La personne qui t’a enlevée peut certainement revenir d’une minute à l’autre.

    -Je… Je me suis réveillée ici… Il… Il est partit… rechercher… »

    Mélodie manqua de s’évanouir. Elle était sans doute affaiblie par le manque de nourriture et d’eau. La jeune brune lui intima finalement de ne pas essayer de trop parler et d’économiser ses forces. Mince ! S’indigna Eria. L’entrée par laquelle elle était parvenue jusqu’ici n’allait les mener nulle part. Quant à l’autre… Était-ce une réelle possibilité de sortir de ces lieux ? Rien n’était moins sûr, mais elles n’avaient pas le choix. Elles devaient emprunter ce chemin. C’était le seul qui se présentait actuellement à elles. Alors, sans plus tarder, Eria soutint l’adolescente qui prenait appui sur elle et toutes deux entamèrent leur marche dans de nouveaux couloirs de cet effroyable endroit.

     

    * * *

     

                Au commissariat, l’agitation était à son comble. Mélodie, la troisième victime, était toujours portée disparue. L’horreur se lisait dans tous les esprits quant à la seule pensée qu’on ne la retrouvât elle aussi inerte au bord du lac. Néanmoins, encré dans son fauteuil, le dos bien appuyé, la tête penchée en arrière et les mains croisées entre elles, un homme sombrait un peu plus à chaque seconde passée dans les méandres de son esprit. Ce dont il avait été témoin plusieurs heures auparavant le laissait perplexe, en proie à une multitude de questions. Il n’avait de cesse de chercher une logique à cela. Tant était-il ainsi plongé, depuis un certain temps déjà, dans de profondes réflexions, qu’il n’entendit pas que quelqu’un frappât à la porte de son modeste bureau de commandant.

    « Commissaire ! S’exclama-t-il de surprise, bondissant légèrement de son fauteuil.

    -Eh bien, je ne pensais pas vous surprendre à ce point. »

    L’homme sorti soudainement de ses pensées, s’excusa expliquant à son interlocuteur ce pourquoi il avait été surpris. La conversation se recentra rapidement sur l’affaire. L’enquête n’avançait pas tellement et le principal suspect courrait toujours dans la nature.

    « On finira bien par lui mettre la main dessus.

    -Cette vallée s’étend à perte de vue…

    -C’est pour cela que je viens de délégué la recherche de Milow Rice à un deuxième groupe. »

    Le commissaire quitta la pièce, laissant son commandant en proie à de nouvelles interrogations. Milow Rice… Était-il véritablement le coupable ? Rien n’était moins certain. Cependant, il fallait avouer que cet homme si mystérieux agissait de façon étrange. Malgré tout, le commandant ne pouvait s’empêcher de penser qu’il faisait un coupable idéal et qu’il leur était presque servi sur un plateau. Il doutait. Après tout, bien qu’il fût le suspect principal, il ne fallait pas écarter d’autres pistes éventuelles. Quant à cette fille... Qui peut-elle bien être ?  Médita-t-il à nouveau. Milow Rice n'était pas la seule personne à occuper ses pensées d'enquêteur. Eria Miles le laissait également en proie à de sérieuses questions. S'il voulait des réponses, il allait devoir commencer par chercher de plus amples informations sur ces deux-là. 

     

    * * *

     

                Eria était à nouveau plongée dans l’excursion d’un long tunnel ténébreux, accompagnée cette fois-ci de Mélodie. Les deux jeunes filles avançaient pressement. À chacun de leurs pas, chacune pouvait ressentir son rythme cardiaque s’accélérer. Toutes deux n’osaient pas imaginer ce qui pouvait leur arriver si jamais l’assassin leur tombait dessus. Cela étant, Eria était partagée entre une angoisse certaine, une détermination inexpliquée et un curieux sentiment que les lieux ne lui étaient pas inconnus. Une impression de déjà-vu… Se dit-elle.

                Tandis que les deux jeunes filles s’étaient engouffrées depuis quelques instants dans cet endroit lugubre, un vibrement se fit soudainement ressentir. Un tremblement s’en suivit, se voulant plus distinct. Eria remarqua alors un effritement de la roche couvrant l’endroit, venant du haut. Elle comprit le danger imminent. Elle attrapa la main de Mélodie et l’entraîna sans plus attendre dans une folle course. À peine s’étaient-elles mises à courir qu’un éboulement survint. Une fois de plus, leur cœur martelait leur poitrine. L’intensité des battements de leur cœur leur coupaient le souffle. Mélodie, affaiblie par sa captivité, finit par trébucher, à bout de force. Eria ayant senti la main de l’adolescente glisser de la sienne au moment de sa chute, voulut la relever lorsque l’éboulement les rattrapa.

     

                Le noir. L’obscurité totale. Puis, la douleur. Eria revenait à elle. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, son regard déboussolé se voulut ensuite furtif. Elle toisa de ses yeux ce qui l’entourait, cherchant à quel point l’éboulement l’avait faite prisonnière des décombres. Elle chercha en même temps à se remémorer ce qu’il s’était passé. Pour une raison encore inconnue, une partie de la roche avait cédé. Un éboulement massif. Eria, se repassant la scène tantôt survenue, réalisa alors que Mélodie n’était plus avec elle. Elle l’appela. Encore et encore. En vain. Aucune réponse de sa part. Seul le son de sa propre voix ricochait en écho. Encore étendue sur le sol, elle tenta de se relever, non sans peine. Son corps entier lui était douloureux. L’éboulement avait bouché une partie de la grotte, bloquant le passage par lequel elle et Mélodie était arrivée jusqu’ici. Mélodie… Si elle n’était pas à ses côtés, probablement était-elle coincée de l’autre côté de la barrière de roches causées par l’éboulement. Eria tenta de l’appeler à nouveau. Peine perdue. Sûrement avait-elle perdue conscience ; et si… Non ! S’écria la jeune brune à la seule pensée que l’adolescente n’avait survécu. Elle n’avait certainement pas fait ce chemin jusque-là pour la perdre maintenant. Elle devait la ramener en ville. Seulement, en l’état actuel de la situation, Eria ignorait comment procéder. Refusant d’abandonner, elle s’adonna à se relever, s’appuyant sur les parois poreuses de la grotte pour s’aider à tenir. Mais à peine s’était-elle adossée à la paroi qu’elle se figea instantanément lorsqu’une sombre silhouette apparut devant elle. Elle observa attentivement  la personne qui se dressait face à elle, incapable de dégager son regard de celle-ci, incapable d’émettre le moindre mouvement. Revêtue d’une longue cape noire, le visage encapuchonné par ce même vêtement ne permettant pas à Eria de découvrir le visage du ravisseur et assassin. L’assassin… Ce mot résonna en boucle dans son esprit. Elle réalisa subitement qu’il se présentait à elle en ce moment-même.

    « Tu as oublié… »

    Eria émit un léger mouvement de tête en signe d’incompréhension.

    « Rappelle-toi. »

    Cette simple demande de son interlocuteur résonna en elle comme un écho. L’individu n’avait de cesse de reprendre ces mêmes mots. La jeune brune se sentit vaciller et tomba à la renverse. Avant qu’elle ne heurtât le sol poussiéreux, la mystérieuse personne emmitouflée dans ses sombres vêtements la rattrapa.

     

    * * *

     

                Noirceur et obscurité. Encore… S’agaça Eria, s’éveillant à peine. Soudain, une résonnance. Incessante celle-ci était, envahissant son être entier. Brusquement, elle ouvrit les yeux. Stupéfaite, elle constata qu’elle n’était plus dans le souterrain de la grotte. Ce fut un familier paysage qui s’offrait à elle. Étrange. Pensa-t-elle déconcertée. Elle se retrouvait à nouveau sur le chemin de la vallée, sur le pont en dessous duquel le lac s’étendait. Comment diable s’était-elle retrouvée là ? Pourquoi ne ressentait-elle plus aucune douleur, alors que quelques secondes encore, son corps la faisait atrocement souffrir ? Qu’est-ce que cela signifie ?! S’exprima-t-elle dans un excès d’énervement. Elle détestait ne pas comprendre ce qui lui arrivait. Elle essaya de retrouver un semblant de calme. À bien y penser, un détail la tracassait. Le lac… Il s’étendait beaucoup plus à perte de vue qu’il n’y a encore quelques heures, un peu avant qu’elle ne fût aspirée par la grotte. Quant au reste du paysage, le visage des alentours, se dessinait quelque peu différent lui aussi. Comment cela était-il possible ?

    « Accueille la vieEnfance »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :