•  La Mort d’Hannah

     « Je vivais avec mes parents dans un petit quartier a priori sans histoires. J’étais fille unique. Une fin d’après-midi, alors que je rentrai du lycée, un homme d’une quarantaine d’années environ vint m’aborder. Il me tint des propos incohérents. Il me parla du Sceau Sacré du Dieu Lumière. Je devinai aussitôt que ses paroles se rapportaient à une secte. Je compris qu’il voulait que je la rejoigne ; mais n’étant pas intéressée, je le remis gentiment à sa place. Oh, cela ne lui plut guère, c’était certain. Mais il s’en alla. Plusieurs jours passèrent. Je ne pensai plus à cette histoire de secte. Malheureusement, je plaisais fort bien au chef de ce groupe malsain. Un soir, alors que je rentrai tard d’une soirée entre amis, un couple – dont je donnai approximativement à l’homme une trentaine d’années et à la femme une vingtaine à peine – vint m’approcher et m’amena de force jusqu’à leur chef : l’homme qui m’eut abordé l’autre jour. Il m’avait fait suivre depuis notre première rencontre. En fait, je fus loin d’imaginer qu’il ne me voulait guère dans son cercle fermé. Je pensai, au contraire, qu’il le voulait. Mais, ce ne fut pas le cas. Non, ce qu’il souhaita en vérité, ce fut ma mort. Pour lui j’étais... J’étais une enfant de Lucifer : l’ange déchu, soit l’ennemi de Dieu. Ce fut le vingt-et-un juin – soit au soir qui avait suivit le jour le plus long de l’année, au solstice d’été – que je mourus. Ce soir là, je m’étais retrouvée seule face à la secte entière : elle comprenait une vingtaine de personnes. J’étais effrayée, pétrifiée par la peur, et je fus dans l’incapacité de me défendre. Deux d’entre eux me prirent et m’injectèrent un produit paralysant. Ils me déposèrent ensuite à l’intérieur d’un pentacle tracé au sol. Je pus brièvement distinguer d’étranges symboles dessiner dessus. Je ne pouvais plus bouger, mais j’entendis tout ce qui se passait autour de moi. D’après ce que je pus comprendre, ce pentacle était un piège à démon. Oui, ils pensaient que j’en étais un, et cette cérémonie noire fut destinée – selon eux – à m’exorciser. Un exorcisme fatal puisque je dus périr. Outre et avant de me transpercer le cœur avec une dague, le chef s’approcha de moi et grava sur mon épaule gauche ce même pentacle avec un poignard. Enfin, avant de m’éteindre, je pus entrevoir et sentir un court instant la marre de sang dans laquelle je baignais, ainsi que mon corps se refroidir et devenir raide. Au bout de quelques minutes, plus rien. J’étais morte. Ainsi fut le sordide et maléfique spectacle – qui selon ces gens – fut mon renvoie en Enfer, aux côtés de Lucifer. »  

    Ame-chan. 

     


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  • « La Dernière Page »

                   Assise sur son lit, les jambes ramenées vers elle, son journal intime posé contre ses genoux et avec un stylo à la main, la jeune fille – que la vie n’avait pas épargnée durant ses huit dernières années – écrivit. C’était un moment particulier, car ce fut la dernière page qu’elle rédigea ; sans aucune larme, sans aucun regret.

     « Cher journal,

    Ce que j’avais tant attendu était enfin arrivé. Aujourd’hui eut lieu le procès des membres – encore vivants – de l’Organisation. Le verdict ? Ils furent condamnés à mort. Les jurés en décidèrent ainsi. Je ne parviens pas à m’en réjouir. J’aurais préféré qu’ils soient juste condamnés à perpétuité. Pourtant, personne ne sait mieux que moi toute les monstruosités qu’ils ont pu commettre durant plusieurs années. C’est vrai qu’ici aux États-Unis la peine de mort est encore d’actualité, du moins, dans certains États. Certaines personnes ne me comprennent pas quant à mon objection sur cette sentence. Enfin, tout est finit. J’ai encore du mal à y croire. Ses six dernières années furent si riches en rebondissement et en horreur. A contrario, elles m’ont beaucoup apportées. J’ai appris tellement de choses. Notamment, les valeurs de la vie. J’ai rencontré beaucoup de personnes, je les ai perdu pour la plupart, que ce soit par la mort ou par la trahison. Et puis je sais maintenant d’où je viens. C’est principalement ce dont j’avais besoin pour continuer de vivre et aller de l’avant. Je ne compte pas quitter ce pays. Loin de moi l’idée de fuir la France, non. Jamais je ne l’ai fais jusqu’ici. Quoi de plus normal que de vouloir être où bon me semble pour un nouveau départ ? À présent, l’avenir m’attend. Et il y a une chose importante que je sais maintenant : quand quelque chose se finit, un renouveau se crée. Un chapitre s’est finit, un nouveau commence. En fait, tout cela n’est que l’Histoire de la Vie. Un long récit qui ne cesse de suivre son cours au fil du temps. Ce court résumé est le dernier écrit à ton égard. Adieu. »

    La jeune fille reboucha le stylo, referma son journal personnel ; puis elle le rangea dans un coffret qu’elle verrouilla. Un sourire apparut sur son visage. Un sourire qui laissa paraître en elle un sentiment de renouveau, de renaissance. Elle se sentit libre. Et elle l’était à présent.  

     

    « Un chapitre se termina, un autre commença. La fin d’une aventure n’est que le début d’une autre.  Ainsi, continuera l’histoire ; l’Histoire de la Vie. »

     

    Ame-chan.

     


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  • Note : La nouvelle qui suit est susceptible d'être retravaillée, auquel cas, je posterai le nouveau texte, mais rien n'est encore fait pour le moment. Je dois avouer que je travail depuis longtemps dessus, à raison d'avoir eu l'idée de cette petite histoire il y a plus d'un an maintenant. Seulement, j'avoue encore que le travail n'a pas été sans peine, j'ai eu beaucoup de mal à écrire cette nouvelle et je ne sais pas du tout si l'histoire - en particulier la fin - sera très comprise ; je vous laisse le soin d'en juger.

    Rêves d’un instant…   

                  Dehors il pleuvait finement. Sarah – jeune femme aux longs cheveux bouclés et dorés – était là, debout devant la porte fenêtre du salon ; elle pensait. Son état pensif était accompagné d’un regard morose et fixe sur la pluie qui tombait. Ses yeux couleur océan commencèrent très vite à verser de l’eau, ainsi de petites larmes perlaient le long de ses joues bien pâles. Il était vrai que le temps était triste et ennuyeux, mais son moral était-il seulement lié à la pluie et au ciel gris ? Des heures et des heures défilèrent sans qu’elle ne bougeât. Elle était telle une statue de pierre ou de marbre façonnée d’une expression maussade. Subitement, elle se laissa tomber à terre tel un poids lourd, se recroquevilla sur elle-même et éclata en sanglots déchirants, oppressants et incessants. L’épuisement la gagna. Emportée par la fatigue, elle plongea dans un long sommeil avant d’entrer dans une de ces visions nocturnes communément appelées les rêves.

                 C’était étrange. Un désert. Personne. Rien ne l’entourait. Elle occupait seule cet espace blanc éclatant qui attaquait ses yeux. Son étendue semblait infinie. Soudain, une plus forte lueur apparut pour l’éblouir davantage. Elle recouvra ses yeux de ses mains pour ensuite les baisser à l’affaiblissement de l’intensité lumineuse qui prit forme. Sarah fut sans voix. La lumière prit l’apparence d’une adolescente. Lisa était là, observant sa sœur aînée, un sourire mélancolique et nostalgique aux lèvres, le regard expressif, parlant de lui-même. Elle voulait le lui faire savoir, lui donner un indice, l’aider à apaiser sa souffrance. Sarah se dirigea vers sa jeune sœur ayant rejoint un nouveau monde, mais Lisa semblait s’éloigner à chacun de ses pas pressés. Âme, esprit insaisissable. Elle n’était plus que transparence. Elle n’était plus que souvenir. Sarah l’ignorait encore et espérait toujours la revoir saine et sauve. L’obstination à la réussite de l’atteindre ne s’atteignait pas. La persistance de Sarah pour la serrer à nouveau dans ses bras en dépit de sa transparence était sans fin, mais en vain. Lisa flottait, volait, s’éloignait sans contrôler cette errance. Ne pouvant entrer en contact physique avec son aînée, elle se défigea de son expression mélancolique et ferma les yeux. Elle semblait se concentrer. Elle redevint lumière laissant place à une nouvelle forme. Un végétal. Sarah n’eut le temps de l’entrevoir qu’un très court instant mais cela lui eut été suffisant.

                 Elle s’était brusquement figée à la vue de ce petit végétal à l’apparence fragile, délicate, et s’était aussitôt réveillée avec un sursaut. Ce n’était pas une plante que l’on pouvait trouver n’importe où dans cette ville. Il y en avait tout un régiment sur une partie du lac, au petit bois. Était-ce là-bas ? Était-ce  près de cet endroit que sa si jeune sœur était ? Rien n’était moins certain. Mais Sarah vint dans un même temps de faire un rapprochement. L’une des pages du journal de Lisa révélait qu’elle connaissait bien le lieu pour si souvent y avoir été en compagnie d’un garçon un peu plus âgé qu’elle dont l’initiale T. semblait le désigner. Pourtant, la zone avait déjà été fouillée et sondée. Le lac avait également été inspecté par des plongeurs de la police. Aucun résultat concluant. Pourquoi ? Pourquoi Lisa aurait tenté d’évoquer ce lieu ?

     « Je suis idiote… Ce n’était qu’un rêve. Qu’est-ce que j’espérais ?! S’exclama la jeune femme, pas moins accablée qu’avant son assoupissement et peut-être même plus. Son désarroi avait atteint son sommet. »

     Elle voulut relire le journal, y jeter une fois de plus un coup d’œil. Peut-être était-elle passée à côté de quelque chose, les enquêteurs aussi. Elle se souvint alors qu’elle ne l’avait plus. Il était avec les autres pièces à convictions. Des semaines s’étaient écoulées depuis la disparition soudaine de Lisa et l’enquête suivait son cours malgré son avancement à tâtons et le commencement du désespoir de ne pas la voir aboutir. Sarah se ressassait tout depuis le début. Elle faisait jouer sa mémoire, ou plutôt la torturait-elle, sa sœur lui manquait tellement. Elle se focalisait sur ses écrits quotidiens. Elle cherchait, se tuait l’esprit. En vain. Et l’épuisement la regagna. Elle s’endormit à nouveau contre son gré, à bout de force et le rêve recommença.

                 Lisa était là, toujours flottante, se sentant lourde. Légère pourtant telle une âme privée ou délivrée de corps, elle se sentait comme un poids pesant. Elle voulait tant aider son aînée à la retrouver mais ne pouvait presque rien faire. Attristée, elle détourna les yeux de Sarah qui la regardait avec une peine infiniment profonde et qui essayait de comprendre ce qui lui était arrivée, de connaître le fin mot de son cauchemar, celui sans qui elle ne parvenait plus à vivre.

     « Petit repère, Si discret, Petit secret, Cachette amer. Éternelles obscurité, Froideur et errance. Punie est l’insouciance, repos alors infligé. »

     Semblables étaient les paroles que Lisa contaient en boucle.

                 Doucement, Sarah sortit du songe et du sommeil. Si plus court eut été ce rêve, sa révélation en eut été tout aussi grande. La jeune femme, tête encore baissée et posée sur ses bras croisés, eut un mouvement brusque pour se relever. Une grotte se trouvait à proximité du lac. Elle était réputée dangereuse, son entrée devait être scellée prochainement en raison de gamins ou adolescents en quête d’aventures et de sensations. Sarah pensait avoir compris. Et quand bien même cela aurait présagé une triste nouvelle, elle espérait qu’il ne fut pas trop tard.

    Ame-chan.


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