• La Malice Forestière

    La Malice Forestière

                 Tout était noirceur intense, encombrante ; obscurité avancée, pesante. L’endroit était frais, humide et une épaisse brume ne laissait dévoiler aucun horizon. Le souffle du vent se voulait froid. Seule dans sa marche ralentit par la crainte, Leina peinait à avancer. Elle s’efforçait de ne pas faire demi-tour. L’envie en était pourtant à son comble. Mais elle ne voulait pas être la risée de tous ses camarades, alors, elle engendrait continuellement le pas. Elle se faisait violence intérieurement. Son corps était foudroyé de frissons désagréables. Son cœur la martelait. Sa respiration se bloquait. Le tout s’accompagnait de tremblements incessants. Quelle idée avait-elle eu d’accepter… Ne cessait-elle de se répéter. Quelle idée, mais quelle idée… Voyez-vous, ce soir-là, c’était le trente-et-un octobre, en somme, Halloween. Cette année, la classe de la jeune fille avait décidé de le fêter ensemble. Tous avaient convenu d’un grand jeu de frayeurs par le biais d’un défi. Chacun devait emprunter le chemin qu’il voulait, au travers de la forêt de la ville, pour aller jusqu’à la vieille demeure inhabitée depuis des années maintenant et communément appelée La Malice Forestière. Comme si la lourde atmosphère n’était pas au comble de sa frayeur, de petits bruits stridents se voulaient entendus. L’esprit de Leina était envahi de mille scénarios, les uns aussi terrifiants que les autres. Ainsi, s’aventurait-elle seule, sur le chemin de son choix en direction de la maison abandonnée, apeurée comme jamais elle ne l’eut encore été. Elle se demandait, par ailleurs, ce qui l’attendait une fois arrivée à destination.

                Presque une heure était passée. Leina arrivait. Sa première réaction fut un étonnement soudain. Personne aux alentours. Pourtant, tous s’étaient donnés rendez-vous ici même, à l’extérieur de la vieille bâtisse, pour commencer véritablement la soirée des défis. Peut-être était-elle la première ? Impossible. Pensa-t-elle. Étaient-ils tous rentrés à l’intérieur ? C’était, en effet, ce qui lui paraissait le plus juste. Elle prit son courage à deux mains et s’avança pour découvrir l’antre de la demeure.

                Noir. Il faisait aussi noir que la nuit dehors. Elle appuya sur l’interrupteur qu’elle trouva assez rapidement, en tâtonnant sur les murs trempés d’humidité. Aucune lumière ne fut. Rien d’étonnant. Plus personne ne vivait en ces lieux depuis des décennies. Pourquoi donc s’endetter à entretenir l’électricité ? Leine contempla de fond en comble la pièce où elle se trouvait. Même si aucune véritable visibilité n’était, en concentrant son regard sur les masses d’ombres, on pouvait deviner certains objets. Il semblait y avoir une table et quelques meubles dévorés par les mites. De même, y avait-il ce qui restait d’un fauteuil meurtri par les années passées. Brusquement, la jeune fille eut un sursaut. Un fort bruit retentit. Une porte venait de claquer. Leina revint alors au thème de la soirée : Halloween. Elle réalisa de nouveau qu’elle était seule, aucun de ses camarades ne semblait être présent. Se cachaient-ils pour lui causer davantage de frayeurs ? Leina se mordit la lèvre inférieure à cette pensée. Elle souffla, inspira et expira un bon coup, puis se lança dans l’exploration de la maison. Après tout, elle ne pouvait plus faire marche arrière. Elle fit le tour sans rencontrer une seule personne. Pourtant, elle entendait très clairement maints grincements à vous crisper chaque seconde un peu plus. L’adolescente n’en supportait plus davantage. Ni les mystérieux et effrayants bruits, ni la solitude de ce sinistre endroit. Elle sortit, finalement.

                Elle était enfin à l’extérieur. Elle ne put, cependant, relâcher un tant fût peu la pression, en raison d’une atmosphère toujours aussi terrifiante en ce jour spécial. Outre le décor ténébreux qui l’entourait, Leina était plongée dans une incompréhension totale. Pourquoi Diable n’y avait-t-il personne ?! Cette question la submergeait dans une crainte encore plus profonde. Subitement, elle eut un vif mouvement de recul en apercevant deux corbeaux foncer sur elle. Instinctivement, elle leva ses bras à son visage comme pour se protéger. Les oiseaux de noir vêtu lui frôlèrent la tête et poursuivirent leur volée un peu plus au-dessus d’elle, tout en laissant s’échapper de pénibles croassements. Puis, sorties de nulle part, des individus revêtus de longues capes et grands capuchons arrivaient en trombe et vinrent à l’encercler. Pétrifiée, elle ne parvint à décrocher aucun mot.

    « C’est ton tour… C’est ton tour… Murmuraient ces étranges inconnus en chœur. »

    Dans leur approche autour de la jeune fille en panique, l’un d’eux perdit un bracelet. Leina le reconnu immédiatement. Les initiales inscrites en grandes lettres étaient bien visibles. C’était celui de Sarah, une camarade de sa classe. Alors, dans un élan de soulagement, elle parvint à réprimander quelque peu le groupe :

    « C’est bon, vous pouvez arrêter. Vous n’êtes pas drôle ! »

    Ils se stoppèrent tous. Seulement, ils ne venaient d’obéir à leur camarade, mais à une tierce personne que la jeune fille ne connaissait pas et qu’elle vit apparaître soudainement. Le cercle se rangea de façon à laisser passer l’inconnu qui s’empressa d’aller à la rencontre de l’adolescente.

    « Ça suffit maintenant ! Vous êtes pénibles ! Ce n’est pas drôle !

    -Tu crois que c’est un jeu ?

    -Pardon ? 

    -Tes amis m’appartiennent, désormais. Et toi, tu va rejoindre ma collection. Il ne me manquait plus que toi. »

    La voix était assez grave, probablement celle d’un homme. Son visage était couvert, comme ceux des autres. Leina ne savait plus quoi penser. Qu’est-ce que tout cela signifiait ?

    « Qui… Qui êtes-vous ? Osa-t-elle demander entre deux tremblements. 

    -Je suis le gardien de ces malicieux environs. Il y avait bien longtemps que personne n’était venu en ces lieux. Ah, Halloween est décidément une belle occasion pour collectionner.

    -Qu’entendez-vous par collectionner ?

    -Je collectionne les êtres imprudents osant s’aventurer par ici. Ils me serviront ce soir même. Je les fais travailler pour moi. J’ai certains comptes à régler avec cette ville. Bien, trêve de bavardages. »

    L’homme s’avança brusquement jusqu’à la jeune fille et lui posa fermement sa main sur son front, une marque représentant un sceau étrange s’afficha sur celui-ci. Leina eut une sensation désagréable. Ses yeux s’emplirent d’une lueur blanche. Son corps se raidit. Peu à peu, elle sombra dans un profond sommeil. Une dernière pensée lui traversa l’esprit… La Toujours la même… Que diable lui avait-elle prit d’accepter de participer à une telle soirée… 

     

    Ame-chan. 

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  • Commentaires

    1
    Lundi 9 Décembre 2013 à 18:46

    J'ai vraiment adorée ce one-shot. J'étais plongée dans l'histoire :)

     

    2
    Jeudi 10 Juillet 2014 à 00:57

    On entre vraiment dans l'univers, la narration est tout simplement géniale, les détails sont là sans polluer, je lance mon chapeau !

    3
    Lundi 14 Juillet 2014 à 09:48

    Bravo pour cette nouvelle qui donne la chair de poule !!

    4
    Lundi 14 Juillet 2014 à 10:44

    Merci à vous trois. :) 

    5
    Samedi 19 Juillet 2014 à 11:31

    Derien :)

    6
    Samedi 19 Juillet 2014 à 11:34
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