• IV

    Note : Bonjour, le quatrième chapitre arrive enfin. Je ne suis pas pleinement satisfaite de la fin de ce dernier, peut-être serai-je susceptible de la retravailler ultérieurement. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez. Bonne lecture. : ) 

     

    IV

     

                Vide. Sombre. Pas à un chat, ou presque. La petite galerie était silencieuse, plongée dans l’obscurité de la nuit. Elle connaissait en ses heures son premier visiteur nocturne. Une ombre passa ainsi à grande vitesse. Un homme ? Une femme ? On ne pouvait distinguer sa silhouette. Elle fit maints allers-retours comme si elle cherchait quelque chose. Son objectif était-il de dérober un tableau ? Probable. Néanmoins, était-ce vraiment cela ?

     

    * * *

     

                De plus en plus, la jeune fille ressentait l’humidité et la froideur de l’endroit. Elle frissonnait encore et toujours. Elle pouvait sentir les gouttes de sueur, que la peur créait, perler sur son corps. Combien de temps lui restait-il ? Elle savait bien que jamais elle n’allait rentrer chez elle, revoir sa famille. C’était à ses proches qu’elle pensait en ces probables dernières heures. Soudain, des pas approchaient. L’individu revenait. Il tenait entre ses mains une vieille petite boîte métallique rouillée. Que contenait-elle ? Le protagoniste souriait, affirmant ainsi sa fierté. De quoi résultait-elle ? De ce qu’il vint de rapporter ? De sa proie bientôt achevée ? Les deux sûrement.

     

    * * *

     

                L’eau. Submergée, encore. Sa respiration se bloquait. Lentement, elle se noyait. Elle se débattait, pourtant. Elle essayait tant bien que mal de défaire les liens qui la retenaient prisonnière des profondeurs du lac. En vain. Elle s’enfonçait, coulait. Ses forces l’abandonnaient, ses membres s’engourdissaient, s’alourdissaient et la fatigue la gagna entraînant la fermeture progressive de ses paupières. Bientôt, l’obscurité l’envahit ; s’en était fini.

                Un sursaut bondissant, un souffle étouffé, une sueur abondante. Eria ne fut ainsi pas réveillée par la douceur des rayons solaires, mais par la douleur que lui infligea son cauchemar. C’était la deuxième fois, et dernière, espéra-t-elle. Plusieurs longues minutes s’écoulèrent avant qu’elle ne parvînt à retrouver un esprit clair et rassuré. Elle se prépara après coup, pour ensuite descendre prendre un bon petit déjeuner. Cela la réconfortera. C’était ce qu’elle pensait. Elle descendit donc, d’un pas déterminé, prête à affronter cette nouvelle journée.

                Arrivée au bas de l’escalier qui menait tout droit à la salle, Eria s’empressa de scruter la pièce en vue de trouver une place libre. Elle finit par trouver et s’installa donc à une table dans l’attente d’être servie. La patronne, Élise, vint lui apporter de quoi se restaurer pour entamer la journée et engagea la conversation.

    « Tu n’as pas bonne mine ce matin, dis-moi.

    -Ҫa va, juste un mauvais rêve cette nuit.

    -Prends donc des forces. »

    Élise lui tendit son plateau, esquissant un sourire sur son visage. Elle était une de ces personnes qui se voulaient chaleureuses envers autrui. La jeune fille remercia la gérante et commença à manger.

                La journée s’annonçait moins belle que les autres avec un ciel gris, une brume de pluie incessante et un orage à la clé. Après avoir avalé un bon petit-déjeuner, Eria décida de sortir, malgré le mauvais temps qui se propageait. Parapluie en main, elle longeait maintenant les rues de Val. Elles avaient toutes cet aspect ancien, avec un sol construit de pavés et des maisons vieillissantes d’extérieur. Il y avait aussi de fines et longues ruelles, très étroites par endroits. Eria scrutait ainsi la petite ville de toute sa curiosité légendaire.  

                La pluie restait incessante et gagnait en vitesse. Très vite, elle se transforma en une forte averse. Son intensité était tant impressionnante que durant plusieurs minutes les quelques voitures qui passaient ne dépassaient pas les vingt kilomètres par heure, tellement le rideau de pluie qui s’abattait sur les pare-brises était épais. Malgré tout, l’air lui faisait du bien. Eria tourna ainsi un long moment dans la ville. Elle aimait ces instants-là : ceux où elle pouvait vagabonder, seule, face à ses plus profondes et secrètes pensées. C’était une solitaire dans l’âme. Elle n’était pas de ces personnes à s’attacher aux autres. Elle traçait sa route seule. Elle en avait pris l’habitude depuis un bout de temps maintenant.

                Eria était orpheline de père et de mère. Elle les avait perdus très jeune, étant enfant. Elle devait avoir aux alentours de trois ans. Un accident de voiture. C’était ce que sa tante le lui avait raconté quand elle fut en âge de poser des questions. Elle ne souvenait pas de ses parents. Elle avait par moment des fragments de souvenirs, mais ceux-là restaient flous. Dans aucun d’eux elle ne voyait leur visage. Pourtant, quelques photos siégeaient dans la maison de sa tante, sur des étagères ou des commodes. Malgré tout, l’image de ses parents ne lui apparaissait pas dans ses souvenirs d’enfant. Eria avait été recueillie par sa tante, la sœur de sa défunte mère. Elle n’était pour autant pas plus présente que cela pour sa nièce et ne lui parlait pas de ses parents. C’était une femme qui ne vivait que pour son travail ou presque si on comptait les quelques hommes qui passaient dans sa vie. Eria avait grandi sans beaucoup d’affection et avait très vite compris qu’elle allait devoir se débrouiller toute seule pour se construire un avenir et suivre sa propre voie. Elle ne s’en était jamais plainte. Elle avait accepté la situation depuis tellement longtemps. Elle s’en était accommodé, se construisant dans l’opposition ; elle s’était ainsi forgée un sacré caractère et ne se laissait jamais marcher sur les pieds.

                Avec tous ses souvenirs ressassés, Eria s’en était reculée loin, dans de lointaines contrées que lui narraient ses songes. Si bien qu’elle marchait sans vraiment faire attention où elle allait. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle arriva jusqu’au seuil de la vallée. Décidément, le hasard semblait vraiment la ramener à ce curieux endroit. À cette seule constatation et en repensant à ses pensées de tantôt, Eria se mordit instantanément la lèvre inférieure. Elle songeait à nouveau à Milow et au fait qu’elle ne lui avait pas vraiment dit la vérité à son sujet. Quant à la vallée infinie, maintenant qu’elle y faisait à nouveau face, la tentation de la parcourir était là. Néanmoins, elle avait fait une promesse.

                Soudain, une sensation pesante fit frissonner la jeune fille. Elle sentit comme une présence et se retourna vivement. Personne. Pourtant, elle crut avoir perçut une ombre passée subitement. Étonnée, elle s’en frotta les yeux. Cette impression d’être suivie… Elle l’avait auparavant ressentie et pas qu’une fois. Son regard changea et manifesta un air de méfiance. Était-il possible qu’elle pût devenir une victime du mystérieux kidnapper et tueur de jeunes filles qui sévissait actuellement dans la ville ? Elle s’apprêtait à rentrer lorsqu’elle entendit un semblant de voix. Elle crut que cette dernière l’appelait. Pour autant, elle ne vit toujours personne. Elle essaya de se concentrer pour percevoir d’où pouvait provenir l’appel de son nom. Peine perdue. Le silence était revenu. Eria voulut à nouveau tourner les talons, mais son regard posé une énième fois sur l’horizon de la vallée la retint. C’en était trop de tentation. Elle succomba à cette dernière. Elle s’avança, posa un pied sur le petit pont de l’entrée, le traversa et engagea sa route sur le chemin de la vallée. Elle en était à nouveau comme hypnotisée.

     

    * * *

     

                Des sirènes. Des lumières. Une ambulance et la police se dirigeaient vers la dite Vallée Infinie. Les véhicules s’arrêtèrent au lac. Deux corps étaient échoués au bord de la grande étendue d’eau. Deux jeunes filles. Le médecin légiste, accompagné de deux de ses collègues, se dirigea vers elles. Il constata bien malheureusement le décès de l’une, dont la blondeur des cheveux était devenue terne sans doute par l’eau et la saleté qui devait régner au fond de celle-ci. C’était la jeune Lucie. Tandis que l’un de ses collègues constata que l’autre demoiselle, un peu plus âgée et dont les cheveux révélaient une teinte châtain foncé, était encore en vie.

                Un son aigu. Un trait zigzagant sur l’écran d’une grande machine. Signe d’un battement de cœur et d’une respiration tous deux réguliers. Eria était là. Allongée sur un lit d’hôpital. Certainement celui d’une ville voisine, la ville de Val n’en ayant pas en son sein. Ses paupières commençaient à émettre un soupçon de mouvement. Elle revenait peu à peu à elle et finit par parvenir à ouvrir doucement les yeux. Elle sillonna la pièce de son regard interrogateur. Que faisait-elle là ? Que lui était-il arrivé ? Elle ne se souvenait de rien, si ce n’était, de son embranchement sur le chemin de la vallée contre l’avis de Milow et de la promesse qu’elle lui avait faite. Entre ce moment passé et celui de maintenant, c’était le trou noir pour la jeune fille. À la vue d’un petit bouton blanc, Eria appuya dessus, se doutant qu’il s’agissait-là une façon d’appeler l’équipe soignante en cas de besoin. Quelques minutes passèrent et la porte vint à s’ouvrir. Une femme en blouse blanche entra. Elle demanda à Eria comment elle se sentait et l’informa qu’elle allait chercher le médecin après que celle-ci lui ait répondu. Elle sortit. Quelques minutes de nouveau passèrent avant que le médecin n’arrivât. Il n’était pas seul, accompagné par un homme. Un policier vraisemblablement. L’homme appartenant au corps médical parla le premier pour expliquer à Eria sa présence ici et pour l’informer qu’après quelques examens médicaux supplémentaires et quelques nuits en observation elle pourrait sortir. Il se retira ensuite, après avoir demandé à l’autre homme de ne pas rester longtemps afin qu’elle pût se reposer. Maintenant seule avec le policier, ce dernier engagea la conversation.

    « Mademoiselle, je suis le commandant David. J’enquête sur l’affaire des deux meurtres, à Val.

    -Deux meurtres ? S’interloqua la jeune fille. Lucie a donc été tuée elle aussi ?

    -Vous connaissiez Lucie Vine ? Alexandra Barcin aussi, peut-être ? L’interrogea-t-il, suspicieux.

    -Non, non. J’ai… Entendu une conversation entre Élise et deux de vos hommes. Ils parlaient de Lucie qui avait disparu.

    -Élise Maréchal ?

    -Oui, la patronne de l’auberge.

    -Je vois. Mademoiselle, vous souvenez-vous de ce qu’il s’est passé, hier en fin de journée, près du lac ? On vous y a retrouvé inanimée, à côté du corps de Lucie Vine, poursuivit-il après que la jeune fille eut tourné la tête en guise de réponse négative et demeurant silencieuse. Connaissez-vous, à tout hasard, un dénommé Milow Rice ? Interrogea-t-il à nouveau, exprimant ainsi un air fortement soupçonneux.

    -Je l’ai bien rencontré une ou deux fois, mais je ne le connais pour autant pas vraiment. Pourquoi prenez-vous systématiquement cet air suspicieux ? Serai-je suspecte dans votre affaire ? Pourquoi me demander si je connais Milow Rice ? Quel est le rapport ?

    -Je vous conseille de rester à l’écart de cet individu, à l’avenir. Vous l’avez échappé bel.

    -Que voulez-vous dire ? Non, ce n’est pas possible…

    -Je vous demande de ne pas quitter la ville, le temps que nous fassions toute la lumière sur cette affaire. »

    L’homme partit, laissant Eria seule face à une multitude de pensées déferlant telle une pluie torrentielle en son esprit. Milow serait le principal suspect dans les enlèvements et les meurtres d’Alexandra et Lucie ? Qu’avait-il bien pu se passer la veille, au moment où elle arpentait à nouveau le chemin de la vallée ? Comment ne pouvait-elle plus se souvenir de s’être rendue jusqu’au lac ? Qu’allait-elle faire ? Comprendre… Mais encore fallait-il savoir comment s’y prendre… 

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 30 Septembre 2015 à 15:40

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      • Mercredi 30 Septembre 2015 à 18:27
        Bonsoir, Merci : )
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