• III

    III

     

    Au matin, Eria ne pensait plus à ce terrible rêve et décida d’accueillir volontiers cette nouvelle journée. Elle se demanda néanmoins ce qu’elle allait faire. Après tout, elle avait visité la petite galerie d’art hier et comme le lui avait dit Éloïse, il n’y avait rien d’autre de touristique ici. Mais elle ne voulait pas encore partir. Pour tout dire, elle souhaitait en savoir plus sur Milow. Il l’intriguait. Elle avait beaucoup de question à lui poser quant à ses tableaux. Seulement, elle lui avait promis de ne plus s’aventurer dans la vallée.

    « Excusez-moi, interpella-t-elle la gérante, savez-vous les jours où Milow Rice passe en ville ?

    -Il vient assez rarement. Mais il passe parfois à la galerie. Je pense qu’il devrait peut-être y passer dans la journée. Dois-je conclure qu’il s’est trouvé une nouvelle fan ?

    -Bonne conclusion. »

    Un échange de sourires s’opéra avant que le regard d’Éloïse ne s’assombrît lorsqu’elle vit arriver deux policiers.

    « Éloïse, fit le plus grand comme pour la saluer.

    -Gary, répondit-elle à son salut. Je vous serre un café.

    -Non, merci. Peut-on discuter un peu plus loin. »

    Ethia finit rapidement son petit-déjeuner et remonta à sa chambre. Mais elle s’arrêta au milieu de l’escalier et redescendit une ou deux marches lorsqu’elle entendit Gary parler d’elle. Les deux policiers et Éloïse s’était rendu dans la cuisine.

    « Elle ne sait rien.

    -Non. Et c’est très bien comme ça. Je n’ai pas envie qu’elle soit effrayée. 

    -C’est une petite ville, Éloïse. Elle sera au courant d’ici ce soir, tu peux en être certaine.

    -Tu as des questions ?

    -Lucie t’avait parue inquiète ces temps-ci ?

    -Non, au contraire. Elle était comme Alex, pleine de joie. Vous n’avez toujours aucune piste ?

    -Pas vraiment. À part le fait qu’il s’agisse sans doute du meurtrier d’Alexandra.

    -C’est insensé, quand on y pense. Pourquoi quelqu’un viendrait dans cette ville enlever des jeunes filles ? Quoi, pourquoi vous faites cette tête-là, tous les deux ?

    -Nous ne sommes pas sûr qu’il s’agisse d’un étranger.

    -Enfin ! Tu n’es pas sérieux. Tout le monde se connaît ici !  

    -À ce stade de l’enquête, rien n’est encore certain, mais le fait est que l’on manque de temps. Deux jeunes filles ont été enlevées en même pas deux semaines. Soit sûre que nous voulons tous retrouver Lucie vivante et éviter d’autres cas. En attendant, merci de garder ça pour toi. Je n’ai pas envie d’une chasse à l’homme en ville. »

    Eria avait du mal à croire ce qu’elle venait d’entendre. Un habitant de Val était coupable ? Elle s’empressa de remonter dans sa chambre, en prenant soin de ne pas se faire remarquer. Elle était hésitante. Les dernières nouvelles ne la rassuraient pas vraiment. Elle ne savait pas si elle devait quitter la ville et rentrer chez elle, ou si elle devait rester tout en prenant garde.

    * * *

                 L’endroit était lugubre. L’obscurité et l’humidité étaient de mise. Une fâcheuse odeur d’eau sale envahissait les lieux. Allongée et enchaînée sur ce qui semblait être une vieille table en bois délabré, une jeune fille s’éveilla. Elle s’affola, en premier lieu, de constater qu’elle avait les yeux bandés d’un tissu. Elle ne pouvait rien voir. Mais elle savait pertinemment qu’elle ne se trouvait pas chez elle. La mauvaise odeur de l’endroit lui parvint aux narines. Une montée de dégoût lui monta alors. Quand bien même, elle essaya d’en faire abstraction et tenta de se remémorer ses derniers faits et gestes avant qu’elle ne se réveillât ici.

                Il était aux environs de 16h30. Elle avait fini les cours plus tôt. Elle n’avait pas eu envie de rentrer chez elle tout de suite. Elle s’était rendue à la Vallée Infinie, repensant à la défunte Alexandra. Elles se connaissaient bien. Tout le monde se connaissait dans cette ville. Et comme tous les habitants, elle avait été horrifiée d’apprendre la tragédie. Elle s’était rendue une fois encore là où le corps avait été repêché, au lac, sur le chemin de cette immense vallée. Elle contempla l’étendue d’eau qui s’agitait quelque peu par le biais d’un léger courant. Son regard s’était perdu. Casque audio aux oreilles, elle n’entendait rien de ce qu’il se passait autour d’elle. Elle était absorbée par le rythme de la musique et les paroles qu’elle entendait sans vraiment les écouter. Elle se souvint qu’elle fut subitement troublée par la sensation d’être observée. Elle s’était brusquement retournée et aperçut une ombre. Elle semblait gigantesque. Puis, plus rien. Le trou noir.

                Ses souvenirs ressassés, elle dirigea ses pensées sur l’endroit où elle était prisonnière à présent. Elle essaya de bouger et de se défaire de ses liens qui pressaient lourdement ses poignets et ses chevilles. L’humidité de la pièce la fit frissonner. Bientôt, des pas approchant se firent entendre. La jeune fille sentit la peur s’investir en elle. Quelqu’un pénétra le lieu sordide et vint jusqu’à elle. Elle sentit une main lui caresser doucement les cheveux. Elle n’osa plus bouger. Elle était pétrifiée et sentit ses yeux s’humidifier. Des larmes perlaient sur ses joues. 

    * * *

                 L’air déterminé, face à ses hommes, le commissaire commença son débriefing.

    « Je sais que ces derniers jours n’ont été faciles pour personne. Mais je vous demande toute votre implication à tous dans cette affaire. Une jeune fille a été tuée, une autre est portée disparue. Vraisemblablement le même kidnappeur et assassin. Le temps nous est compté. Commandant, finit-il à l’adresse du commandant David, en guise de fermeture de débriefing. »

    Le commissaire Mark Vagneux était un homme de droiture. Il paraissait sévère avec sa grande taille et son apparence carrée, mais il n’était autre que méticuleux dans son travail qu’il prenait à cœur et exerçait avec sérieux. Il avait la cinquantaine, les cheveux clairs présentant un début de calvitie, les yeux marron.

                Tout le commissariat s’était remis au travail. Le commandant Emmerich David était également un homme très affecté par son travail. Il atteignait presque la taille du commissaire et était moins imposant que lui ; mais il gardait aussi cette expression de sérieux. Il s’était à présent rendu à la morgue où le médecin légiste, Carl Orès, l’attendait. Un ancien bientôt à la retraite.

    « Alors, qu’avez-vous de nouveaux ?

    -Eh bien pas grand-chose, je le crains. Néanmoins, j’espère que ce petit détail vous aidera, fit Orès en présentant à David un étrange bout de métal couvert de boue. Je l’ai analysé, poursuivit-il. La boue qui le recouvre se trouve principalement dans de profondes grottes, généralement situées près de lacs ou d’étangs.

    -Hm… Cela nous ramène à ce lac, sur la Vallée infinie.

    -Vous ne semblez pas porter cet endroit dans votre cœur, observa le médecin légiste.

    -Disons qu’il ne m’inspire pas confiance.

    -Votre méfiance ne serait-elle pas plutôt tournée vers Milow Rice ? »

    Le commandant ne répondit rien et recentra la conversation sur le corps de la jeune fille et les éventuels indices qu’il pouvait contenir. Orès fit remarquer à son collègue que l’adolescente avait été étrangement marquée, au-dessus de la poitrine. En effet, elle présentait un tracé au couteau non profond représentant un éclair dans un cercle. Étrange. Cela avait-il une signification avérée ? Qu’elle en était la symbolique ? Hormis ce détail, le médecin légiste ne pu fournir davantage de réponse au commandant. 

    * * *

                 Dans l’après-midi, Eria s’était de nouveau rendue à la petite galerie où elle fut ravie de constater que Milow y était bien, lui aussi. Il était face au mystérieux tableau. Doucement, elle s’approcha ; lui se retourna au ressenti de son approche.

    « Bonjour, la salua-t-il souriant.

    -Bonjour. Vous venez regarder si vos œuvres ne sont pas abîmées par les allées et venues ? Rétorqua-t-elle avec un petit rire. Milow élargit son sourire.

    -J’avais des courses à faire et j’avais besoin de passer ici aussi.

    -Au fait, j’ai fini par savoir ce qu’il s’était passé. C’est triste.

    -En effet. »

    Milow commença à partir.

    « Attendez.

    -Tu devrais rentrer chez toi.

    -Je n’ai pas envie de partir. J’aime beaucoup vos œuvres et j’aimerais en apprendre davantage. J’aimerais beaucoup que vous me parliez notamment de celle avec l’éclair et l’arbre.

    -Je regrette. Je n’ai pas le temps. 

    -J’ai failli y retourner, vous savez, lâcha-t-elle comme pour seul moyen de le retenir. La tentation est si forte… Se justifia-t-elle lorsque Milow fronça quelque peu les sourcils. Il soupira.

    -Tiens, dit-il en lui tendant un collier qu’il sortit d’une des poches intérieures de sa veste.

    -Merci, mais pourquoi me le donnez-vous ?

    -C’est quelque chose qui t’aidera. Je dois partir maintenant, au revoir. »

    Eria n’essaya pas à nouveau de le retenir et le sortir de la galerie, puis s’éloigner au loin. Elle était confuse. Le pendentif était peu commun. Il représentait une épée frappée par un éclair. Que cela signifiait-il ? 

    « Jugement, acceptation, changement, méconnaissanceMusique »

  • Commentaires

    1
    Mercredi 26 Novembre 2014 à 20:27

    Bonsoir, j'ai beaucoup aimé cet extrait que vous nous avez proposé. je me suis vraiment sentie plongée dans l'histoire. très bon article. bonne soirée et bonne continuation.

    2
    Jeudi 27 Novembre 2014 à 20:00

    Bonsoir, 

    Merci beaucoup, contente que tu aies apprécié cet extrait. : ) 

    Tu peux me tutoyer si tu préfères. : ) 

    Bonne soirée. : ) 

    3
    Jeudi 27 Novembre 2014 à 20:40

    d'accord :)

    bonne soirée à toi aussi ;)

    4
    Dimanche 7 Décembre 2014 à 16:40

    Beau texte, qui donne envie d'en savoir plus !
    Merci pour tes passages et tes petits mots

    Kim

    5
    Dimanche 7 Décembre 2014 à 19:44

    Merci et de rien. : ) 

    Bonne soirée. : ) 

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