• II

    II

            Plein soleil, chaleur légèrement en baisse et l’air davantage respirable. Eria pensa à une journée qui s’annonçait bien. De sa place, elle observait au dehors, prenant tranquillement son petit-déjeuner, au rez-de-chaussée de l’auberge. Cette dernière était située sur une petite place où quelques arbres et bancs se trouvaient. Un coin agréable. Elle se demandait ce qu’allait lui réserver cette ville. Appréciant son café, elle repensa soudainement à sa rencontre d’hier. Elle songea notamment au demi-mensonge qu’elle eut raconté. Elle s’en voulait un peu. Eria travaillait bien comme serveuse mais pendant ses weekends et vacances scolaires. Elle était encore lycéenne en classe de Terminale Littéraire. Elle ne l’eut pas mentionné sans doute pour ne pas attiser les curieux quant à savoir ce qu’elle faisait ici. Elle était majeure, certes, néanmoins peut-être encore trop jeune aux yeux de certains pour voyager ainsi seule. Elle eut donc entrepris de raconter qu’elle avait déjà son baccalauréat en poche et qu’elle s’était immédiatement lancée dans la vie active. Elle espérait que cela passerait, ce qui n’était pas sûr et elle le savait.

    « C’est insensé ! Ils ne l’auront jamais ! »

    Cette voix rauque fit sursauter Ethia qui fut subitement sortie de ses pensées. L’homme qui vint de prononcer ces mots, lisait un journal. Éloïse le reprit de suite.

    « Ivan ! Tu veux effrayer tout le monde ?!  

    -Enfin, Éloïse, cet individu doit être loin à l’heure qu’il est.

    -Cesse donc de radoter cette histoire. Nous sommes tous déjà trop en peine. Pense aux parents, enfin. »

    Ivan Sarin. Un homme droit, travaillant comme professeur et enseignant au collège de la ville. Il avait l’habitude – comme beaucoup ici – de venir prendre un café à l’auberge. Il partit suite à la réprimande qui vint de lui être faite, comme vexé. Ethia en resta curieuse. Elle voulait savoir de quoi il retournait. Elle était dotée d’une curiosité sans fin. Elle finit de manger et s’approcha de la place où Ivan était. Il avait laissé son journal. Elle le prit et fut stupéfaite face à l’article qu’elle lu.

    « Le meurtrier de la jeune Alexandra Barcin courre toujours, mais la police ne lâche rien. Malgré peu d’indices et  une piste semblant sans fin…

    -Tu ne devrais pas lire ça, la coupa Éloïse dans sa lecture, lui reprenant le journal.

    -Quelqu’un a été tué par ici ? Excusez-moi, se reprit Ethia, je ne veux pas paraître indiscrète.

    -Ce n’est un secret pour personne, ici tout le monde en parle. Il y a deux semaines environ, le corps d’Alexandra a été repêché dans le lac. Elle avait disparu une semaine.

    -Le lac de la vallée ?

    -Oui. C’est une petite ville, nous connaissions tous Alexandra. C’était une jeune fille de quinze ans, pleine de vie, toujours le sourire pour tout le monde… »

    La discussion s’acheva. Éloïse prétexta qu’elle avait du travail, ce qui n’était pas faux, mais on pouvait lire une grande peine dans ses yeux. Ethia choisit d’oublier ceci et de retourner à son objectif : visiter la petite galerie d’art. Elle se hâtait de découvrir les tableaux de Milow Rice.

                Quatorze heures sonnèrent dans la ville. Ethia marchait gaiement dans les rues de Val. Elle déambula, radieuse, jusqu’à l’entrée de la galerie. Elle franchit le seuil et pénétra l’intérieur. De suite à droite, se trouvait un bureau d’accueil. Après un bref échange entre gérante et cliente, Ethia put accéder aux œuvres. Elle admira un court instant les lieux. Ce n’était pas très spacieux, mais bien lumineux. Les murs, blancs, était décorés par les divers tableaux ; et les nombreuses fenêtres, assez hautes pour la plupart, laissaient généreusement passer les rayons du jour. Les œuvres étaient vraiment magnifiques à voir. Elles représentaient le plus souvent le paysage de la Vallée Infinie, peinte à divers endroits et sous divers angles. Les couleurs, parfois radieuses, d’autres fois plus ternes, étaient bien ajustées et accordées entre elles. Ethia était en pleine joie. Elle cheminait dans l’espace de l’exposition, venait et revenait sur les tableaux jusqu’à ce qu’elle arrivât face à une œuvre quelque peu différente. Elle représentait une scène, avec des personnages et objets très mystérieux. On y percevait une démente violence. En premier lieu, un immense et conséquent éclair foudroyait environnement et individus ; un arbre majestueux, haut et élancé semblait animé et tentait d’arrêter la terreur. En y regardant d’un peu plus près, on observait en plus petit, des personnes qui s’entretuaient. Il semblait y avoir deux clans. Ethia resta hypnotisée par l’œuvre durant plusieurs minutes. Elle ne parvenait pas à y décrocher son regard tant le tableau attisait son attention. Soudain, elle perçut comme une ombre passant derrière elle. Elle eut un brusque retournement. Rien. Il n’y avait personne, si ce n’était, quelques visiteurs accrochés à d’autres tableaux.

    La dernière œuvre qu’elle venait de contempler, lui avait laissée nombre de pensées et un curieux et oppressant sentiment : si bien, que la jeune fille entreprit de retourner voir Milow. Elle traversa la ville, après s’être restaurée d’une boisson rapide à l’auberge. Elle retourna au seuil de la vallée. Un souvenir brusque vint la travailler alors. La promesse. Celle qu’elle avait faite à l’homme mystérieux de ne jamais retourner sur le chemin de celle-ci. Mais elle était déjà plantée devant ce dernier lorsqu’elle y songea. Que devait-elle faire ? Elle se le demanda bien. L’envie de revoir le peintre lui était cependant très forte. Elle engendra le pas, finalement décidée, mais fut arrêtée dans son élan lorsqu’elle sentit de nouveau quelqu’un passer derrière elle. Elle se retourna. Personne.

    « Ok. Le soleil m’a sans doute trop tapée sur la tête. »

    Elle souffla. Elle se défila et s’en retourna vers la ville, direction l’auberge.

                Elle rentra sur les coups de dix-sept heures. Lorsqu’elle pénétra l’auberge, elle sentit immédiatement qu’elle interrompait quelque chose. Éloïse avait instantanément cessé de parler. L’atmosphère semblait tendue. Ethia ne s’arrêta pas là-dessus et passa son chemin jusqu’à sa chambre après avoir salué tout le monde. Elle ne savait pas ce qu’il se passait et même si elle était curieuse de nature, elle n’avait pas très envie de se retrouver mêler à quelconque histoire entre habitants. Surtout qu’elle pensait qu’ils parlaient peut-être de la jeune Alexandra. Elle ne voulait donc pas ressasser son meurtre pour causer davantage de peine, d’autant plus qu’elle était une étrangère pour la ville. Une étrangère de passage.

     * * *

                 Submergée. Elle était submergée. Prisonnière de l’eau environnante, elle se débattait et tentait désespérément de briser la vitre de la cage qui obstruait sa liberté. Sa respiration s’affolait et s’atténuait en même temps. Son cœur s’oppressait. Ses poumons se vidaient du peu d’air qu’ils leur restaient et s’emplissaient d’eau. Peu à peu, son affolement s’estompa, elle était à bout de souffle et de force. Lentement, elle se perdait dans les profondeurs de l’inconscience. Elle mourrait. Soudain, un éclat de verre retentit. L’eau jaillit en trompe, éjectant ainsi Ethia, et retomba sur le sol terreux de l’endroit, s’éclipsant, se faufilant, se filtrant à travers les lieux. La jeune fille ouvrit subitement grands ses yeux et eut une longue et interminable toue ; elle recracha une importante quantité d’eau avant de perdre totalement connaissance.

                Essoufflée. Elle était essoufflée. Elle venait de se réveiller en sursaut, à la limite de la suffocation et trempée par la sueur. Il lui fallut plusieurs minutes avant de réaliser qu’elle venait de faire un cauchemar. Incapable de se rendormir, elle alluma la lampe de chevet, sortit de ses draps et s’assit sur le bord de son lit. Elle était encore toute retournée. Jamais elle n’avait fait pareil cauchemar. C’était terrifiant. Ne parvenant pas à retrouver une certaine sérénité, elle se leva d’un bond et se dirigea vers la petite salle de bain. Elle voulait se rafraîchir un peu. Mais face au lavabo, elle se retrouva pétrifiée. Quelques secondes à rester à le contempler, hésitante, et elle finit par se ressaisir et se dire que c’était ridicule, qu’elle n’allait pas se mettre à avoir peu de l’eau juste à cause d’un mauvais rêve. Elle se passa de l’eau sur le visage, quelques images lui revenaient alors, elle passa outre.

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