• Entre-deux

    Entre-deux

     

                Obscurité. Tout n’était que ténèbres. Plus que sombre, la petite pièce était ainsi plongée dans une noirceur des plus profondes. Glacée. L’atmosphère était comme gelée. Grande ouverte, la seule fenêtre de la pièce laissait passer le souffle vociférant du vent et l’incessante pluie, penchée, battante à tout rompre, installant ainsi le froid en ces lieux obscurcis par la nuit noire et une lumière inexistante. L’humidité se faisait inlassablement ressentir.

                Frêle. Sa lueur était faible. Au-dessus de la cire, dont la blancheur était ternie, sans doute pas les années passées, une petite flamme venait de s’allumer. Une bougie. Qui avait bien pu l’allumer ? Telle était la question que venait de se poser Jeanna. Toute jeune fille qu’elle paraissait, recroquevillée sur elle-même, elle avait relevé la tête, apeurée par la frêle source lumineuse qui venait soudainement et faiblement éclairer l’endroit. Ainsi, révéla-t-elle de chaudes petites larmes luisant au fond de ses prunelles bleu-gris et un visage au teint blême et cerné d’une fatigue accrue. Ses longs cheveux finement  ondulés étaient joliment et naturellement teintés d’un châtain clair aux reflets acajou. La pauvre tremblotait depuis maintenant des heures, tant l’humidité et la froideur des lieux s’intensifiaient. Bien que tant effrayée, elle se surprit à observer les lieux. À commencer par la petite fenêtre. Carrée et bordée d’un bois dont l’usure de son vieil âge le rendait dégarni et humide, laissant apparaître de la moisissure sur ses bords. Ses yeux jetèrent ensuite de furtifs petits coup d’œil. Elle n’était aucunement rassurée. La pièce dans laquelle elle se trouvait était lugubre. Elle paraissait ancienne et avoir été abandonnée en l’état depuis de nombreuses années déjà. Les mûrs, devenus ternes et gris, étaient maintenant recouverts de saleté et de moisissure. Le parquet grinçait, il craquelait sous les pas, ainsi qu’au moindre mouvement effectué dessus.

                Éternité. Une éternelle attente insoutenable était née en elle. Désespérance. Un souffle de désespoir s’échappa pour la énième fois de la jeune fille. Elle sanglotait à nouveau. Perdue. Seule. Enfermée. Elle ignorait combien de temps elle avait passé ici. Elle patientait. Dans la tourmente, elle attendait. Pourquoi était-elle là ? Pourquoi elle ? Dans un nouvel élan de torpeur en son fort intérieur, au plus profond de son être, elle s’efforça de ne pas oublier. Elle tentait de se rappeler. De garder en mémoire toutes images défilantes de sa vie.

                Lumière. Un éclair luminescent traversa son esprit. Elle se souvenait. Elle se remettait son léger parfum, sa couleur blanche et la douceur de ses pétales. La rose. Cette rose. Elle l’avait humée quelques instants avant que cela ne se produisit. Avant. Ce mot résonna en elle tel un son de cloche aux mille et une vibrations. Elle était sur le sentier qui menait à sa maison. Elle était là, se tenant debout, la tête inclinée au-dessus de la délicate fleur. Elle voulut la saisir, puis, plus rien. Le trou noir. Son âme pleurait, à présent, ses années passées, lesquelles pensait-elle ne plus jamais avoir l’occasion d’en profiter, dans un futur qui lui était incertain. Elle coulait, se noyait dans un océan de pleurs. Elle était aspirée par ce vortex incessant de peur et de tourmente. Elle ne voulait pas. Jamais elle n’avait souhaité cela. Injustice. Sur ses pensées devenues dévastatrices elle s’effondra de plus belle. Elle détourna son regard affolé, jusque-là fixé sur les lieux en tout coin, et se recroquevilla à nouveau sur elle-même, s’allongeant à même le sol et attendant ainsi. La peine et la douleur la martelait de tout son être. Allait-elle devoir rester prisonnière de cet endroit ? Ne pouvait-elle pas revenir ? Ne pouvait-elle pas, sinon, rejoindre les autres ?

                Étincelante. La lumière était aveuglante tel un soleil éblouissant en plein ciel. Elle jaillit dans un flot des plus lumineux et brillant. La jeune fille, bien que repliée sur elle-même, en fut éblouie. Tant, qu’elle remonta ses mains sur son visage, les joignant pour faire barrage à la lumière qui maltraitait ses yeux. Cette dernière finit par s’abaisser et une voix, presque inaudible, résonna en ces murs tel un murmure en écho. Elle en ressentait des vibrations. Elle était comme secouée de l’intérieur. Son être tout entier tremblait. Elle ne comprenait pas les paroles prononcées par la voix. Elle était interloquée. Elle ne comprenait pas ce qui arrivait. Quelqu’un se trouvait-il là, avec elle ? Était-ce cette personne qui avait allumé la bougie ? Où était-elle ? Pourquoi ne se montrait-elle pas ? Elle ne put retenir ses nouvelles larmes, sous le poids du désespoir qui ne la quittait plus. Marine… Un nom. Son nom. Elle l’entendit soudainement. Quelqu’un l’appelait. Qui ? Elle voulut parler, s’exprimer pour dire où elle était. En vain. Aucun son ne sortit de sa bouche. Ses fines petites lèvres ne purent émettre le moindre mouvement. Pourtant, elle voulait sortir, quitter ce sombre endroit en proie aux ténèbres.

                Un son. Il se voulait aigu et régulier. Une image. Un tracé vert aux mouvements aléatoires, sur un écran noir. Une machine ? Elle semblait imposante et son bruit incessant. Un battement de cils. Deux. Trois. Marine tentait d’ouvrir ses yeux, non sans difficultés. Elle finit par les entrouvrir quelque peu, avant qu’ils ne s’ouvrissent en grands. Elle était revenue à elle. Ce qu’elle vit en premier fut sa mère, profondément endormi sur la chaise près du lit, tenant fermement la main de sa fille. Elle observa ensuite un bref instant la pièce dans laquelle elle se trouvait, à présent. Petite, elle était de construction carrée. Les murs étaient peints d’un blanc cassé. Elle avait compris. Elle était dans une chambre d’hôpital. Elle se tourna vers la fenêtre, son regard se posa sur la vue extérieure que celle-ci offrait. Un parc. Certainement celui de l’établissement médical. Il était couvert d’une verdure assombrie par la nuit et bordée d’un amas de fleurs. Au milieu, une fontaine sculptée en une forme étrange que la jeune fille ne put décrire. La nuit n’était pas obscurité totale, le ciel était dégagée, laissant apparaître ses plus belles étoiles et son joli clair de lune. Marine se surprit à esquisser un léger sourire sur son visage blême. Un milliers de questions investissaient son esprit. Que lui était-elle arrivée ? Comment avait-elle pu se retrouver d’un endroit à un autre subitement ? Où se trouvait-elle tantôt ? Quelle expérience venait-elle de vivre ? Venait-elle de se retrouver dans une sorte d’entre-deux ? Un entre-deux monde ? Un milliers de questions. Sans réponses apparentes pour le moment, mais elle était-là ; elle avait quitté le sordide lieu où l’obscurité se voulait étouffante. Elle était revenue et aurait tout le loisir de demander à sa mère ce qui lui était arrivé. Elle était à nouveau là, auprès des siens. 

    Ame-chan. 

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  • Commentaires

    1
    Samedi 7 Novembre 2015 à 13:19

    Merci beaucoup d'avoir participé au concours ^_^

    2
    Samedi 7 Novembre 2015 à 13:40

    De rien ^^ 

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