• Chapitre VIII – « Leurre. Malaise. »

    Chapitre VIII – « Leurre. Malaise. »  

     Le cœur serré, oppressant sa poitrine et sa respiration, Cindy était d’une grande nervosité. Elle ne parvenait pas à se calmer. Elle n’aimait pas la situation qui s’imposait à elle. Mais elle n’avait pas le choix. Elle devait parler à son professeur, même si, elle tentait de se persuader qu’elle n’avait aucun lien avec les récents évènements. Elle l’appréciait. Elle se demandait s’il s’agissait vraiment d’elle. Pourtant, la description que lui en avait faite la bibliothécaire correspondait parfaitement. Aussi, le trajet du bus scolaire fut rythmé par ses pulsations accélérées au fil de ses pensées.

                Évidemment, elle n’avait pas son enseignante, Alice McKing, en première heure de cours. Elle allait devoir attendre une heure de plus, voire deux, pour pouvoir satisfaire sa faim de réponses. La voyant toujours aussi préoccupée, ses amies abordèrent une nouvelle fois le sujet :

    « Toi, ça ne va toujours pas, remarqua bien Amber. 

    -Il s’est passé autre chose ? Demanda à son tour Kim. » 

    Cindy eut un temps de réflexion. Il était vrai qu’elle n’avait pas encore fait part aux filles ce que ses parents et ceux de Mary-Jane leur avaient racontées, ni même, ne leur avait-elle rien dit à propos de cette mystérieuse personne, ressemblant étrangement à Alice McKing, venue se renseigner sur une vieille légende de Raintow. Elle voulut commencer mais le son habituel de l’annonce des cours retentit. Alors, elle dit simplement :

    « Je vous raconterai, ce midi. »

    * * *

                 Dans un même temps et en profond un espace confiné, une malheureuse ombre attendait, en silence. Elle se demandait jusqu’à combien de temps allait durer les mensonges, et cette sournoise vengeance. Quand les vérités allaient-elles être révélées ? Fallait-il, pour ce, encore déverser du sang ? Le fallait-il à tout prix ? Elle avait essayé d’entrer en contact avec Cindy et Mary-Jane, ne fut-ce que pour les prévenir du danger, mais celles-ci s’étaient méfiées et l’une d’elles en était restée terrifiée. Alors, elle patientait, non sans mal, mais elle n’avait guère le choix. Elle savait cependant qu’elle n’était pas seule. Elle le sentait. Les esprits… Ces jadis êtres de chair devenus ombres étaient en éveil. Les bons comme les mauvais. Ils avaient été réveillés. Ils attendaient tous que tombât le rideau, que se révélât le verdict. Vengeance allait-elle être tenue ? Ah, les secrets de famille, les secrets d’amants… Un poison certain, une épine enfoncée au creux des âmes dont la cicatrice reste en dépit du temps passé. Les révélations pouvaient être à portée de main sans les obstacles obstruant le chemin pour y parvenir. Oui, entre les étroites parois qui l’entouraient, la jeune âme, qui fut autrefois une jeune fille pleine de vie, se ressassait tout ceci. À défaut de s’impatienter, elle pensait.

    * * *

                 La fin du cours. Les élèves se pressèrent, comme à leur habitude, pour sortir. Cindy demanda à ses amies de partir devant elle. Lorsque tous furent partis, le regard de l’adolescente croisa intensément celui de son professeur. Elle s’avança vers celle-ci et n’y alla pas par quatre chemins.

    « Il faut que je vous parle.

    -Je sais. »

    Étonnamment, mademoiselle McKing ne semblait pas surprise par l’interpellation soudaine de son élève.

    « Tu dois arrêter de chercher dans le passé.

    -Visiblement, vous semblez connaître la situation. Vous n’êtes pas étrangère à tout cela, n’est-ce pas ? Et puis, pourquoi vous écouterais-je ? Pourquoi arrêterais-je de chercher la vérité ?

    -Parce que tu n’as pas encore conscience de la gravité des événements et que la vérité peut être cruelle et dévastatrice pour bien des personnes.

    -Qui êtes-vous vraiment ? Et pourquoi faire des recherches poussées sur une des plus vielles légendes de Raintown ? »

    McKing sourcilla à sa seconde interrogation.

    « Qui je suis n’a pas d’importance et mes recherches me regardent. Écoute, je sens bien tes soudains aprioris me concernant et je peux t’assurer que tu te trompes.

    -Vraiment ? Vous taire ne m’aide pas à le croire.         

    -Cindy, je ne suis pas l’adversaire.

    -Admettons. Vous semblez en savoir beaucoup, même si vous ne dite rien. Si vous n’êtes pas l’adversaire, aidez-moi.

    -Tu as du répondant. Je dois avouez que je suis surprise. Agréablement, je te rassure. Ta camarade, Mary-Jane m’a étonnée tout autant. C’est finalement toi qui as le plus de répartie, c’est amusant.

    -Ça ne m’amuse pas.

    -Je sais. Je t’aide déjà, tu sais. Autant te le dire, mais juste ceci, fit-elle lui adressant un clin d’œil. Je pratique la sorcellerie, à de bonnes fins. Je tente du mieux que je peux d’éloigner les mauvais présages qui pèsent sur toi et Mary-Jane. Mais la force négative qui se propage autour de vous est très puissante. »

    Elle marqua un temps d’arrêt.

    « Continuez.

    -Non. Tu n’as pas à en savoir plus. Je continuerai mes pratiques pour te venir en aide, mais je ne peux pas faire davantage. Je regrette.

    -Pas autant que moi. »

    Cindy s’en alla. Elle était à la fois déçue que son professeur ne lui révélât pas tout ce qu’elle savait. Néanmoins était-elle soulagée. Soulagée de savoir qu’elle n’était pas l’adversaire. Elle voulait la croire. Elle l’appréciait tant. Sans en connaître la raison, elle pressentait un lien entre elles. Elle finit par rejoindre ses deux meilleures amies au réfectoire et leur raconta enfin les dernières nouvelles, entre autres, ce que ses parents et ceux de MJ leur avaient révélé. Là-dessus, Amber réagit.

    « Et MJ dans tout ça ? Comment prend-t-elle les choses ?

    -Assez mal, je crois. Elle m’évite. Elle a peur et je la comprends.

    -C’est quand même grand, sourit Kim. Qui aurait pensé que miss reine du lycée aurait peur de quoi que soit, rétorqua-t-elle.

    -Cela n’a rien d’étonnant. C’est souvent comme ça, les plus populaires font semblants et ne laissent rien paraître, termina Cindy. »

    * * *

                L’immersion dans le rêve commença. Cette fois, Cindy se retrouva seule, au manoir. Plus de fête, plus d’amusements. Rien que le silence absolu. L’atmosphère en était pesante, inquiétante. Instinctivement, elle appela Katherin. Puis Johanna. Aucune réponse. Soudain, un bruit résonna. Encore un autre. Quelque chose d’assez lourd bondissait sur le sol. La jeune fille écoutait attentivement et avançait, cherchant ainsi la provenance du bruit. À chacun de ses pas, l’obscurité gagnait sur les quelques lampes anciennes qui éclairaient les pièces. Le bruit se voulait de plus en plus distinct. Cindy finit par arriver jusqu’au grenier. À sa grande surprise, seul, un ballon de basket bondissait et rebondissait dans ce lugubre endroit. Étrange. Cindy saisit le ballon pour le stopper, le bruit et sa résonnance lui devenaient trop pénibles. Mais à peine le prit-elle qu’elle se retrouva violemment propulsée contre le mur voisin et tomba sur le sol avec force.

    Comme si elle venait de le vivre réellement, l’adolescente se réveilla en sursaut et non sans mal. Elle eut aussitôt une nouvelle sensation étrange ; l’impression d’être une autre personne l’effleura à nouveau. L’espace d’un instant, elle se retrouva dans un autre lieu, en un autre temps. Elle était dans la grotte. Vraisemblablement en cet endroit, où jadis, son père et ses amis avaient défié Johanne. Que diable faisait-elle ici ? Les sensations étaient multiples, outre la douleur infernale d’un lourd choc contre un mur quelques secondes plus tôt. Une intense froideur vint l’envelopper. Puis, un sentiment pesant vint, à son tour, l’envahir. Elle étouffait, comme si quelque chose la serrait, tel un boa étouffant sa proie. Quelques vives douleurs la piquèrent également, au niveau des bras. La peine fut telle que Cindy lâcha prise et s’agenouilla. Elle perdit connaissance.

    Tout était flou. Flou et lumineux. Les yeux fermés, Cindy pouvait sentir la chaleur de cette luminescence dans laquelle la pièce baignait. Elle les ouvrit et constata avec stupeur et méfiance qu’elle se trouvait en un parfait lieu – si tant fusse eût que c’en était un – inconnu, rayonnant d’une blancheur riche, éclatante, incroyable. Aucune autre présence. Aucun bruit. Aucune odeur. Un rêve ? Tout laissait le présager. À tâtons, elle engagea quelques pas avant de s’arrêter nette à l’entente de murmures, pour le moins angoissants. Elle ne comprenait pas les paroles prononcées tant étaient-elles à peine audibles. Puis, la voix se voulut de plus en plus distincte, assurément celle d’une femme avec le timbre bas. Ses dires étaient maintenant très clairs. Elle répétait une phrase en boucle.

    « Mort à eux. Ils sont à mois. Mort à eux. Ils sont à moi. »

    Cindy se mit à frissonner. Elle daigna, malgré sa frêle peur, répondre :

    « Qui êtes-vous ? »

     Aucune réponse mais toujours ce même message tournant infiniment.

                La voix se fut à présent plus lointaine. Cindy se réveilla. Elle n’était plus chez elle, mais dans une chambre d’hôpital. Sa mère était à ses côtés.

    « Que s’est-il passé ?

    -On t’a retrouvée inanimée dans ta chambre. Tu nous as fait peur. Le médecin a constaté que tu avais des bleus sur le dos et les bras. Il a aussi dit que tu avais fait une chute de tension importante. »

     

    La jeune fille ne sut quoi répondre. Les blessures résultaient sans nul doute de sa violente chute contre le mur, même si ce fut dans un rêve. Mais pour la chute de tension… Qu’est-ce qui l’avait provoquée ? Une chose était certaine, elle n’avait pas simplement rêvée la voix ; et ses sensations étranges qu’elle avait ressenti avant de perdre conscience… Même si cela lui faisait violence, elle avait ce sentiment de satisfaction d’avancer, petit à petit, dans sa quête de vérité. 

    « La Malice ForestièreBonne année à tous ; ) »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 26 Octobre 2014 à 21:58

    Bonjour,j'aime beaucoup ta fiction.J'aimerais savoir si il y aura une suite?

    2
    Samedi 1er Novembre 2014 à 11:31
    Bonjour, Merci : ) Oui, il y aura une suite, la fiction n'est pas encore terminée. ^^ Je suis actuellement en réflexion autour du prochain chapitre, il est en cours de rédaction. J'espère pouvoir le terminer prochainement. : )
    3
    Samedi 1er Novembre 2014 à 20:39

    OK cool :)

    4
    Dimanche 2 Novembre 2014 à 10:08
    5
    Dimanche 2 Novembre 2014 à 14:58
    Un long pavé captivant, félication à vous, j'espère une suite ;-)
    6
    Dimanche 2 Novembre 2014 à 17:24
    Merci beaucoup : ) Oui, il y aura une suite. : )
    7
    Mercredi 9 Décembre 2015 à 18:44

    Chapitre IX en ligne. : ) 

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