• Chapitre VII – « Amorce. Légende. »

    Chapitre VII – « Amorce. Légende. »   

                 « Rien de tout cela n’a été voulu. » Perchée sur un banc du parc, Cindy pensait. Cette phrase lui était incessante. L’histoire que lui avait racontée ses parents et ceux de Mary-Jane, la nuit dernière, passait en boucle dans son esprit. La nuit avait été longue.

    * * *

     31 octobre 1972. 

    La nuit était d’une intense obscurité. Le ciel était dégagé et de son fin quartier, la lune peinait à éclairer les environs. Il y régnait une atmosphère de peur. Parfait pour célébrer Halloween. Ce soir-là, une fête était organisée au manoir. Brennan avait alors vingt-et-un ans. Nombreux étaient les invités, l’ambiance était aux éclats de rires, aux danses, aux jeux et aux petites frayeurs. Tous étaient des amis de George et Julia. Quelques amis de Brennan étaient également de la partie. Lui et ses derniers ne pensaient pas à mal, mais étaient loin d’imaginer les conséquences de ce qu’ils pensaient être une petite blague. Et quand bien même n’avaient-ils pas déclenché le processus, l’avaient-ils au moins accéléré et accentué. – Julia n’était pas une mère très attentive ni débordante d’amour pour son fils. Elle en faisait, néanmoins, ce qu’elle voulait, le mêlant ainsi à ses petits coups bas et l’amenant à commettre l’irréparable. George connaissait ses agissements, mais ne parvenait pas à avoir le dessus. Il l’aimait trop pour s’objecter à ses occupations douteuses. C’était elle qui menait la cadence au manoir.

                La soirée s’était annoncée enthousiasmante, joviale. Tout cela pour mieux s’enfoncer dans la peur et ainsi satisfaire Julia. Elle en montrait bien les signes, entre sourires narquois et remarques offensantes envers certains invités qu’elle prenait, par moment, à part. Ceux-ci n’étaient d’ailleurs pas n’importe qui : John et Nadine Harvey, Jack et Jenny Cross, Jackson et Marianne Hartley. Des noms bien familiers pour peu qu’il s’agit des parents de Nicholas, Mike et Johanne. Que se passait-il donc ? Quels véritables liens entretenaient-ils tous ? Mais si Brennan et ses amis se doutaient que leurs parents leur cachaient quelque chose, ils restèrent, hélas, dans l’ignorance. Ce ne fut pas faute d’avoir tenté de percer les secrets de famille de leurs parents. L’attitude de Cindy et Mary-Jane le leur avait rappelé. Tout ce que Brennan avait découvert, c’était les lettres. La mystérieuse correspondance entre J. et K. Et le triste souvenir de la défunte Johanne vint les hanter. Leur curiosité… lui avait coûté la vie.

                Johanne était une jeune fille réputée sage, calme, sans histoires ; mais elle avait toujours cette fâcheuse tendance à se croire supérieure sur certains points. C’était son plus grand défaut et il lui avait été fatal. Cette nuit-là, Brennan et ses amis voulaient l’effrayer, en dépit de ce qu’elle disait, à savoir, qu’elle n’avait jamais peur de rien. Les garçons l’avaient donc défiée. Ils s’étaient tous rendu dans la forêt, non loin du manoir – les parents étaient trop occupés à s’amuser pour surveiller les tout jeunes adultes. Ils s’étaient rendus jusqu’à une petite source. Là, se trouvait l’entrée d’une grotte. Les plus insouciants adoraient s’y aventurer. Elle n’était pas très profonde, on pouvait atteindre rapidement l’autre bout. Elle menait sur une cascade d’eau se rabattant sur un long ruisseau. Cependant, pour sortir de ce côté-ci, il fallait obligatoirement se mouiller et sauter dans le cours d’eau. La grotte montait peu à peu sa traversée, elle était alors plus en hauteur arrivée à la cascade. Toute une légende était bâtie sur l’endroit.

     Un peu plus d’un siècle auparavant, dans les années 1800, le suicide d’une jeune fille avait fait rage dans tout le village. Elle se prénommait Joelys Carlton. Elle avait été retrouvée sans vie, flottant dans le ruisseau, tête reposée sur un rocher qui empêchait son corps de se laisser emporter par le léger courant ; ses bras étendus étaient en sang, ils laissaient, chacun, paraître une seule entaille, longue et profonde dont le liquide rouge à l’odeur de fer ne s’était pas lassé de couler. Elle s’était presque entièrement vidée de son sang. Sa peau était devenue si blême. Son visage s’était figé d’une expression maussade, les yeux et la bouche à demi ouverts. La scène ne présentait, sans nul doute, autre chose qu’un suicide. Tout le monde s’en était persuadé et les enquêteurs de l’époque ne s’étaient pas tellement donné la peine de s’investir pour étayer d’autres pistes. La jeune fille suicidée en question était réputée comme folle, attirée par la mort et toujours dotée d’un pessimisme grandiloquent. Elle n’avait plus de famille, pas plus qu’elle n’avait d’amis. Au village, elle était celle que tout le monde ignorait, à raison d’être considérée comme fille perdue qui s’amusait à effrayer tout le monde. À force de solitude, elle avait pris cela comme un jeu. – Ce qui lui valut bien des ennuis. Les gens commençaient à parler de la chasser, voire de la tuer. La légende entra dans les mœurs du village quelques jours après la mort de la jeune fille, lorsqu’une nuit, d’étranges phénomènes furent constatés par des villageois, près du ruisseau. Des bruits aux sons intrigants et stressants se faisaient entendre. Une brume, sortie de nulle part, s’intensifiait et enveloppait ainsi les lieux avant de s’estomper. Une forme à peine distinguable apparaissait également et une pluie torride s’abattait ensuite sur le village. C’était chaque nuit le même scénario. Les villageois n’étaient plus en paix, ils pensaient que l’esprit de Joelys était à l’origine de tout cela. Ils craignaient son esprit. Des nuits, des mois, et subitement, plus rien. Personne ne comprit. Petit à petit, cette histoire fut oubliée, même si, dans un sens, la crainte restait toujours.

    Le défi était simple. Johanne devait traverser la grotte jusqu’au petit autel qui se trouvait à l’intérieur. La légende racontait également que l’esprit de Joelys était maintenu en ce bas monde terrien par cet autel dit ensorcelé. Bien sûr, personne – ou presque – ne croyait plus en cette sordide histoire. Johanne avait pour défi de fabuler un sortilège pour invoquer l’esprit de Joelys. Pour ce faire, elle devait verser juste une goutte ou deux de son sang dans le calice qui se trouvait figé – comme tout le matériel sur l’autel – dans la pierre et réciter ce que tous croyaient être une de ces stupides et fausses incantations qui se trouvait dans le livre de la mère de Brennan. Pendant que la jeune fille entreprenait de faire cela, les autres devaient l’attendre de l’autre côté, près du ruisseau. Aucun des adolescents n’avaient prévu ce qu’il allait se passer. Ils ne surent même pas ce qui était exactement arrivé, cette nui-là. Ce fut comme il y a un siècle en arrière, au détail près qu’il n’y eut que les sons inquiétants. Les garçons commencèrent à frissonner de peur. Lorsque les sons firent place au silence, un haut rire retentit. Johanne était en train de les regarder, se moquant de leur frayeur. Elle sauta ensuite de la petite hauteur de la grotte et les rejoignit.

    « Alors ? Qui c’est les plus trouillards ?

    -Ça va, lâche-nous, pesta Mike.

    -Quoi ? On ne s’amuse plus ? Bande d’idiots.

    -Qu’est-ce que t’as fait à l’intérieur ?

    -Ce que vous m’avez demandé de faire. C’est tout, fit-elle en haussant les épaules. Bon, on continue à jouer à qui aura la plus grande frayeur ce soir, ou bien on rentre au manoir ?

    -Nos parents vont finir par se demander où nous sommes passés, répliqua Brennan en guise de réponse. De plus, je dois remettre le livre à sa place avant que ma mère ne s’aperçoive qu’il n’y est plus. » 

    Ils repartirent en direction du manoir. Tandis qu’ils marchaient tranquillement en bavardant de choses et d’autres de leur âge, l’un remarqua que Johanne n’était plus avec eux. Ils pensèrent qu’elle tentait encore de leur jouer un mauvais tour. Ils ne s’attardèrent pas à lui demander d’arrêter son petit jeu mesquin et poursuivirent leur route, mais ils furent stoppés à l’entente de cris. Ils crurent alors bien reconnaître la voix de leur camarade. Ils ne firent ni une ni deux et accoururent en essayant de repérer d’où venaient les cris. Leur stupeur fut grande. Le corps sans vie de Johanne se trouvait sous leurs yeux ébahis. Paniqués et sans vraiment réfléchir, ils étaient rentrés au manoir, sans rien dire. Le lendemain, la disparition de la jeune fille avait été signalée et son cadavre retrouvé quelques jours plus tard, par la police. Ils n’avaient jamais su ce qu’il s’était passé. Brennan et Mike avaient terminé leur récit par une simple phrase… « Rien de tout cela n’a été voulu. » 

    * * *

                 Une vieille légende. Un secret de famille. Un meurtre. Cindy avait de quoi méditer. Elle comptait bien aller jusqu’au bout de son enquête et parvenir à la vérité. Elle ne voulait pas céder à la peur. Elle devait affronter le danger. Elle se leva, marcha jusqu’à l’arrêt de bus et attendit que l’un d’eux passassent. L’affaire d’une trentaine de minutes.

                Elle alla jusqu’à Chesnoth et descendit à l’arrêt de la bibliothèque. Cindy espérait trouver des renseignements sur le présumé suicide de Joelys Carlton. La bibliothèque de Raintown avait fermé depuis un certain temps déjà, faute d’une population qui se faisait plus rare. Toutes les archives concernant le village avaient été transférées à Chesnoth. La jeune fille pénétra l’endroit et chercha le rayon des archives de Raintown. Lorsqu’elle y fut, elle sillonna chaque bordure de dossier et trouva celui qu’elle souhaitait feuilleter au bout de quelques minutes. Elle le lut consciencieusement mais n’en tira rien. 

    « Vous aussi, vous faite une sorte d’exposé sur les légendes folkloriques ? »

    Cindy sursauta. La jeune bibliothécaire s’excusa de l’avoir effrayée. L’adolescente l’observa un bref instant. Elle était grande et mince, les cheveux longs, lisses et bruns, les yeux verts.

    « Il n’y a pas de mal. Que voulez-vous dire par « moi aussi » ?

    -Une jeune femme a consulté ce dossier, il y a plusieurs semaines. Elle m’a dit regrouper plusieurs légendes pour en faire un livre. Elle a aussi dit que cette légende en particulier lui était précieuse car elle la touchait de près. J’ai trouvé ça étrange, mais voyant qu’elle ne souhaitait pas en parler davantage, je l’ai laissée.

    -Vous a-t-elle dit son nom ?

    -Elle ne me l’a pas dit.

    -À quoi ressemblait-elle ? Nous rencontrer pourrait être bien pour mon exposé, mentit Cindy. 

    -C’était une femme aux cheveux châtains et quelque peu roux. Elle avait une peau très pâle et de très beaux yeux bleus presque violets. »

    Cindy sourcilla.

    « Mais vos chemins ont peu de chances de se croiser. J’ignore si elle habite la ville.

    -Au contraire, nos chemins vont se croiser pas plus tard que demain, bredouilla Cindy. »

    L’adolescente ne tarda pas et rentra vite chez elle. 

    * * *

                 1950. Une année riche en évènements pour Raintown. Batailles entre entreprises, faillite de l’une d’elle, disparitions, meurtres. Il fallait croire qu’à cette époque, le village était beaucoup plus vivant et moins tranquille. Il comptait tout de même une population plus importante qu’aujourd’hui.  

                Assise depuis deux bonnes heures, la jeune femme étira son corps et se leva refermant le dossier que le détective lui avait remis. Elle prit son paquet de cigarettes, en sortit une et l’alluma avant de se diriger vers la fenêtre de son salon qu’elle ouvrit pour laisser la fumée s’échapper. Elle souffla.

    « Anna… »

    Elle tira sur sa cigarette. Son visage pensif s’assombrit. Elle fronça ses sourcils. Habituellement, fumée la détendait. Mais là, ce n’était pas le cas. Alors elle s’empressa d’en venir à bout et l’écrasa avec fermeté sur le bord de la fenêtre. Elle semblait fâcheusement ennuyée. Quelque chose l’agaçait fortement. Elle referma la fenêtre et s’en retira dans sa chambre. Elle sortit, d’une boîte soigneusement rangée et fermée à clé, ses outils propices à la divination et à la sorcellerie. Elle les disposa sur son bureau. Après quoi, elle enchaîna gestes et paroles ritualisés.

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  • Commentaires

    1
    cléo 2
    Mercredi 6 Novembre 2013 à 14:05

    J'adore ! Continue stp ! C'est trop bien écris, trop bien imaginer, et je suis trop impatiente de lire la suite ! Je suis t'a plus grande fan Ame-chan !!!!!!

    2
    Samedi 9 Novembre 2013 à 17:39

    Merci beaucoup. :)

    J'ai commencé l'écriture du huitième chapitre. J'espère le finir assez vite. :) 

    3
    cléo 2
    Lundi 11 Novembre 2013 à 12:18

    Ok de rien  ! C'est super ! Encore merci !

    4
    cléo 2
    Lundi 11 Novembre 2013 à 12:18

    Merci ! Merci ! Merci !

    5
    Lundi 11 Novembre 2013 à 12:53
    6
    cléo 2
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 13:28

    J'ai trop hâte de lire la suite, c'est trop cool, j'adore ! T'a un don incroyable ! L'imagination dans l'âme, l'écriture dans le coeur, c'est tout-à-fait ça !  Je te souhaite une bonne continuation, et ne te précipite pas, parce que même si j'ai hâte, je préfère que tu mettes du temp et que la suite soit passionnante plutôt que tu le fasse vite et pas très passionnant. Alors bonne continuation Ame-chan!   

    7
    Jeudi 14 Novembre 2013 à 18:33

    Merci beaucoup. :) 

    Oui, c'est vrai que pour écrire un chapitre qui soit intéressant, il me faut du temps. ^^ 

    8
    cléo 2
    Vendredi 15 Novembre 2013 à 14:29

    On se comprends alors !

    9
    Samedi 16 Novembre 2013 à 12:07
    10
    cléo 2
    Dimanche 24 Novembre 2013 à 20:19

    Alors t'en n'est où ? J'espère que c'est pas très fatiguant pour toi ?

    11
    Samedi 30 Novembre 2013 à 11:11

    Ça avance pas à pas. J'ai de nouvelles idées, il faut maintenant que je parvienne à les rédiger. ^^ Non, ça ne me fatigue pas. : ) 

    12
    cléo 2
    Samedi 30 Novembre 2013 à 14:10

    Ok, c'est trop cool je suis ultra, extra presser de lire la suite, je t'adore mon écrivain préférer !!!!!!!!!!!! 

    13
    Dimanche 1er Décembre 2013 à 14:47
    14
    cléo 2
    Mercredi 4 Décembre 2013 à 13:23

    C'est vrai quoi, je t'adore ! T'a un vrai don pour l'écriture, c'est incroyable !(l'imagination dans l'âme, l'écriture dans le cœur) ! C'est exactement ça !

    15
    Jeudi 5 Décembre 2013 à 17:32
    16
    Samedi 12 Décembre 2015 à 19:19

    Chapitres VIII et IX en ligne. : ) 

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