• Chapitre IX – « Sorcellerie. Miroir. »

    Bonjour, après une longue pause (dont je m'excuse auprès de vous, par ailleurs), afin notamment d'élaborer un plan pour mieux savoir où j'allais avec cette histoire, voici le neuvième chapitre. Bonne lecture à vous. : ) 

     

    Chapitre IX – « Sorcellerie. Miroir. » 

                Quelques jours étaient passés depuis l’hospitalisation de Cindy. La jeune fille était toujours en pleine réflexion – ses proches tout autant – quant à ce qui lui était soudainement arrivé. Elle fit le tour de la question et convint de se lancer sur la seule voix qu’elle jugea susceptible de lui apporter réponses : la sorcellerie. Elle s’y intéressait intensément depuis longtemps mais n’avait encore jamais tenté de pratiquer.

                Elle était aujourd’hui seule à la maison. Tranquillité. C’était le moment propice. Elle s’était installée au grenier – ayant ce cliché que cela allait fonctionner mieux dans un pareil endroit, une de ses nombreuses représentations de ce domaine occulte. Tandis qu’elle se pressait de préparer sa future pratique, Cindy sursauta un temps fût peu lorsque les lumières se mirent à clignoter deux ou trois coups.

    « Moi aussi, je suis pressée d’entrer en contact avec vous, dit-elle pensant qu’il s’agit d’une manifestation d’esprit. » 

    Elle poursuivit la mise en place des objets – bougies, encens – et le tracer d’un pentacle avant de se réjouir de son entreprise. Mais un détail vint la perturber dans sa hâte : elle n’avait aucune incantation d’invocation à porter de main. Devait-elle en improviser une ? Devait-elle, sinon, simplement parler à haute voix, demandant ainsi à l’esprit de venir à elle ? Devait-elle entrer en méditation ? Finalement, elle opta pour les deuxième et troisième options : elle parla tout d’abord, puis se prit à fermer les yeux et à concentrer ses pensées sur l’esprit en question, ou les esprits. À vrai dire, elle ne savait pas vraiment à qui elle devait s’adresser : sa grand-mère Julia ? Katherin ? Johanne ? Johanna ? Il y en avait tellement dans toute cette affaire.

                Ainsi, attendit-elle pendant presque vingt longues minutes. Elle ouvrit les yeux et lâcha un soupir de déception. Elle se réprimanda quelque peu elle-même se demandant ce qu’elle pouvait bien espérer avec une telle pratique amatrice. Soudain, un bruit. Non, un cri, plutôt. Un cri étouffé. Cindy se releva brusquement, et, à tâtons, se dirigea vers la porte du grenier pour en sortir. Le cri semblait provenir du couloir de l’étage. Elle s’y avança doucement, prudemment. Les lumières clignotaient à nouveau. Cindy ressentit maintes frissons, jusqu’à ressentir le plus présent de tous lorsqu’elle fut inquiétée par un reflet éblouissant, traversant tout le couloir. La jeune fille se retourna. Ce reflet avait-il émané du grand miroir accroché au mur ? Possible, néanmoins étrange, voire bien plus. Le miroir était simple, de forme rectangulaire, orné d’un joli motif représentant un amas de feuilles. Cindy s’en rapprocha. Elle distingua des silhouettes lumineuses à l’intérieur. Qu’était-ce donc ? Elle s’avança davantage jusqu’à coller son front sur le miroir et eut un vif recul lorsqu’elle crut apercevoir un visage, voire plusieurs. Elle s’avança à nouveau, avec prudence et posa une main contre la glace. Le contact se voulut chaud. Cindy se sentit vaciller. Elle ferma les yeux et se sentit comme propulsée. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle se trouvait dans une sorte de couloir où tout tourbillonnait. Où diable était-elle tombée ? Des faisceaux lumineux passaient et repassaient à vive allure. Des murmures presque inaudibles inondaient l’endroit. Puis, les voix se voulurent plus distinctes.

    « Secrets, secrets, que de secrets. Mort à celui qui osera les révéler. »

    Avant que Cindy ne pût dire quoi que se fût, elle fut submergée d’images défilantes. Cela ressemblait aux éléments de plusieurs vies.  

     

    * * *

     

                Raintown. Des rues et des ruelles pavées comme à l’ancien temps. Des maisons bâties et décorées comme à une plus lointaine époque. Quelle était-elle ?

                Sous une fine pluie incessante depuis maintenant des heures, une jeune femme marchait dans la ville, arborant de maints sourires et exprimant un bonjour pour chaque personne qu’elle croisait. Elle était vêtue d’une longue robe rouge et blanche, bordée de quelques dentelles. Elle avait une ombrelle en guise de parapluie, ce qui lui donnait fière allure et une grande élégance. Cela ressemblait fortement à l’habillement que portaient les femmes au cours des siècles précédents. Peut-être le dix-neuvième ? La jeune femme arpentait ruelles sur ruelles jusqu’à ce qu’elle arrivât où elle se rendait. Elle frappa à la porte et celle-ci s’ouvrit quelques secondes plus tard. Une autre femme, encore plus jeune, se tenait devant elle. Elle était vêtue d’un uniforme blanc, avec une coiffe. Une infirmière peut-être. Elle fit entrer sa visiteuse.

    « Comment va le nourrisson ?

    -Bien. La fièvre est tombée. Il dort. Mademoiselle Aurelia…

    -Non. Taisez-vous. Je crois avoir été assez claire la dernière fois, Celia. Nous n’en reparlons plus. Cet enfant est mien, à présent. » 

    La jeune Celia baissa la tête, comme honteuse. Mais de quoi ? D’avoir été réprimandée par cette mystérieuse femme ? Ou bien ne fut-ce pas là autre chose, davantage grave ? Un secret…

     

    * * *

     

                Nouvelle époque. Vraisemblablement plus récente. Beaucoup plus proche de sa génération. Nouveau décor. Nouvelle scène. Deux petites filles. Elles devaient être âgées de huit ans. Oui, dans ces eaux-là. Elles avaient chacune une longue chevelure châtaine et rousse à la fois, ondulée avec quelques jolies boucles plus définies. Leurs pommettes étaient bien rondes telles les joues de l’enfance. Leurs yeux, eux, étaient sans aucun doute ce qui les démarquait des autres enfants : ils avaient cette tendance à s’annoncer violets. Les deux fillettes étaient en tous points physiques identiques. Des jumelles. Elles étaient là, dans la cour de leur petite maison. Des éclats de rires. Elles s’amusaient, chahutaient, sous les yeux de leurs parents dont, curieusement, la scène présente ne permettait pas que Cindy pût les voir. Elle semblait belle et bien centrée sur les deux petites. Pourquoi ? Qui étaient-elles ? Quel lien pouvait-il y avoir entre elles et les présents événements ?

     

    * * *

     

                Changement d’images. Un retour plus en arrière. Peut-être les années 1960 cette fois-ci. Une femme. Cindy retint une parole de surprise. Cette femme… Elle ressemblait trait pour trait à sa grand-mère Julia, lorsqu’elle était jeune, peut-être avait-elle la trentaine. À moins qu’il ne s’agit de quelqu’un d’autre. La jeune femme était installée à une table dans un petit café. Elle semblait attendre quelqu’un. Puis, un homme entra. [Description de ce dernier.] À la vue de la jeune femme, il s’approcha, s’installa à son tour autour de la table et commanda un café. Une conversation s’enchaîna.

    « Ce n’est guère prudent de nous retrouver ici, Katherin. »

    Katherin ?! Cette femme n’était alors pas Julia mais celle qui s’invitait dans ses rêves ?

    « Je le sais bien, George. Tu me manques et je déplore avoir dû abandonner nos bébés.

    -C’était pour leur propre bien. Julia avait tout découvert de notre liaison, si elle avait su pour ta grossesse et si jamais elle venait à le découvrir, qui sait ce qu’elle serait capable de leur faire par pure vengeance. C’est ta sœur, tu sais aussi bien que moi comment elle est. Tu dois toi aussi de mettre à l’abri et partir loin. J’ai peur de ce qu’il pourrait t’arriver.

    -Non, je refuse de tout quitter comme ça. J’ai déjà assez payé en abandonnant nos petites. Je ne veux pas te perdre. On trouvera un moyen.

    -Elle est bien trop puissante et dangereuse. »

    Cindy ne put entendre la suite de la conversation. L’image se brouilla. Très vite, l’atmosphère redevint électrique. Tout devenait flou. L’adolescente se remit à virevolter en tous sens dans ce qui paraissait à nouveau être une spirale tel un passage temporel.

     

    * * *

     

                La jeune fille se retrouva à nouveau propulsée. Elle fut comme éjectée du miroir, atterrissant sur le plancher de l’étage. Elle sentit monter en elle un mal de tête infernal. Toutes ces scènes défilantes lui avaient donné la migraine. Elle peina à se relever sous l’effet de la douleur que lui avait causé la chute de son atterrissage. La première chose qu’elle constata, était qu’il faisait sombre dans la maison. Elle descendit au rez-de-chaussée et constat par la porte-fenêtre du salon que la nuit s’était d’or et déjà installée. Mince. Songea-t-elle. Elle, qui pensait n’avoir été l’objet d’un phénomène surnaturel que durant plusieurs minutes, constata alors que ce furent des heures qui venaient de s’écouler. Une chance pour elle qu’ils n’étaient pas encore rentrés. D’ailleurs, où étaient-ils ? C’était inhabituel de leur part de ne pas rentrer de bonheur. Or, il était déjà presque vingt-heures. Elle s’en mordit la lèvre inférieure à cette pensée. Elle ressentit soudainement un mauvais pressentiment et en oublia ainsi son mal de tête. Soudain, une sonnerie retentit. Le téléphone de la maison. Elle s’en saisit rapidement et décrocha retenant presque son souffle.

    « Oui ? Répondit-elle finalement.

    -C’est maman… Écoute… Il y a… Tenta d’expliquer sa mère, difficilement, semblant retenir ses larmes. Ton père a eu un accident, il est à l’hôpital de Chesnoth. Caren va venir te chercher… Cindy ? »

    La jeune fille n’écoutait plus. Elle avait raccroché, mais elle n’eut pas le temps de se retourner que ce fut la sonnette cette fois-ci qui retentit. Cindy se précipita à la porte, s’était sans doute Caren, la mère de Mary-Jane. Elle ouvrit. Elle avait deviné juste. Sans que Caren ne pût dire quoi que ce fût, Cindy l’entraîna ne prenant pas le temps de se mettre une veste sur le dos. Elle ne prit que le temps de fermer la porte bien que cela fut vite fait.

                Pendant le trajet, le silence s’était invité. Caren tenta de rassurer l’adolescente mais celle-ci ne semblait pas prendre la peine de vraiment l’écouter. À vrai dire, elle se moquait bien de ses paroles réconfortantes. Elle en était plutôt agacée et pour cause : elle savait pertinemment que tout le monde, entre ses propres parents et ceux de Mary-Jane, lui cachait des choses ; et que par leur silence, les événements n’allaient aller que de mal en pire comme ce soir avec son père à l’hôpital. Elle leur en voulait à tous !

     

    * * *

     

     

    Retranchée dans son sombre appartement, postée devant la fenêtre donnant sur la rue et tirant sur une cigarette, la jeune femme aux traits menaçant, songeait. Son visage c’était fermé lorsqu’elle ressassa son passé. Elle n’avait pas suivi le même chemin que sa sœur. Elle était en colère. Elle leur en voulait à tous et comptait le leur faire payer. Elle avait sombré dans la rancœur et le désir de vengeance. Cette dernière était tout ce pour quoi elle vivait à présent. Tandis qu’elle pensait, elle resserra fermement le livre qu’elle tenait de sa main libre et ses lèvres esquissèrent un fin petit sourire narquois et vainqueur. Elle s’était débarrassé d’un gêneur et avait commencé à abattre ses cartes sur l’une de ses cibles. Elle en rit subitement un court instant. Elle était satisfaite et souhaitait faire perdurer la vengeance qu’elle projetait pour son plaisir.

     

    * * *

     

                Un son aigu transperçait le cœur serré de Mary. La sonorité de l’appareillage situé à gauche du lit était incessante et horrifiante. Son mari était là, comme inerte, plongé dans le coma. Elle lui tenait fermement la main, tant avait-elle peur qu’il ne lui échappât. Elle tremblotait quelque peu à chaque petit sanglot qu’elle s’efforçait pourtant de refouler. Soudain, un autre son se fit entendre. Celui de la porte. Quelqu’un entrait. Sa fille venait d’entrer. Elle se leva d’un bond de la chaise où elle était assise pour aller prendre Cindy dans ses bras. Un geste naturel. Un geste de compassion. Un geste de réconfort. Cependant, l’adolescente ne l’entendait pas ainsi. Elle se défit de son étreinte en un vif recul. Elle fixa intensément son père profondément endormi.

                Elle ne pleurait pas. Elle ne voulait pas. Elle s’efforça de retenir ses larmes bien qu’une ou deux se mirent à perler le long de ses joues. En vérité, elle n’était pas simplement effondrée, non. Elle était en colère. Cette dernière s’était emparée d’elle à l’instant-même où sa mère l’avait appelée et elle n’allait pas s’atténuer. C’en était trop. Elle ne pouvait supporter davantage. Elle en avait assez de tous ces événements et elle avait pris sa décision. Elle était déterminée, ce soir-là plus que jamais, à découvrir la vérité et à l’étaler au grand jour ; ce, même si elle allait devoir à aller à l’encontre des décisions de ses parents ou de quiconque entravant son chemin. 

     

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